Blog Image

2015

Une année en 365 tranches

Le défi: parler chaque jour de quelque chose sans tomber dans mon nombril, le lieu commun ou le journalisme (résultat non garanti). Quelque chose qui peut être presque rien ou un événement faisant la une.
Si vous voulez en savoir plus sur moi, je vous conseille de lire ceci.
Textes et illustrations, sauf avis contraire, sont © Jean Rebuffat, Bruxelles, 2014-2015

Les meilleurs agents de l’athéisme

Décembre Posted on 23 Dec, 2015 23:19:35

Je me suis toujours demandé – et à la veille de la veille de Noël, la question prend toute son acuité – pourquoi l’Église tolérait des histoires comme celle du grand saint Nicolas et de son avatar le père Noël, et même, des variantes comme la petite souris qui vient mettre un sou sous l’oreiller de l’enfant édenté.
Oups. J’ai peut-être de jeunes lecteurs. Aussi vais-je me permettre de déconseiller la lecture de ceci aux enfants de moins de dix ans.
Car enfin, prend-on vraiment les enfants pour des débiles profonds? Ils croient certes tout un temps aux sornettes que les parents inventent. Mais quand leur curiosité et leur esprit critique s’aiguisent, même si la tentation d’y croire à cause des cadeaux est grande (on n’est jamais trop prudent), ils finissent par douter puis par ne plus croire, révulsés par les contradictions, les mensonges en cascade, les invraisemblances et autres fariboles.
La suite est dans le titre. Le folklore théiste résiste-t-il mieux à l’analyse?
A demain.



Tout doit disparaître

Décembre Posted on 22 Dec, 2015 23:24:43

La philosophie se niche parfois dans les formules les plus éculées, dans les affiches les plus lues ou dans les lieux communs les plus éhontés.
Oui, tout doit disparaître, l’an 2015 comme celui d’avant et comme celui d’après, qui n’a pas encore commencé et qui est déjà condamné.
Malheureusement, il y a des choses qui ne disparaissent pas assez vite: l’obscurantisme, le sexisme, le racisme, l’injustice, la bêtise, l’égoïsme ou la maladie, par exemple. Mais c’est Noël et il y a tout de même quelques phrases qui me plaisent dans le discours chrétien, comme: “Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté”.
Finalement, non, tout ne doit pas disparaître, et d’ailleurs ce qu’on aime et ceux qu’on aime disparaissent toujours trop tôt.
A demain!



La fin provisoire du feuilleton

Décembre Posted on 21 Dec, 2015 23:00:31

Voici une dernière photo de la rue Manin, celle où j’ai fait vivre Mélinée Zakarian, laquelle au fil du feuilleton, est devenue le personnage principal de mon feuilleton. “C’est un très beau personnage”, m’a dit Giancarlo Rè, “mais vous l’exploitez mal”. Penaud, j’ai réclamé des explications. “On sent l’improvisation, le manque de continuité, bref, l’amateurisme.” Là, je l’avoue, j’ai été un peu vexé. J’ai failli rétorquer sèchement “tandis que vous, vous êtes un grand professionnel”, mais Giancarlo, se resservant à mon invitation d’une large rasade de Talisker, poursuivit d’une façon intéressante: “Voici ce que je vous propose. Je vous achète vos personnages. Votre prix sera le mien. Et je m’engage à en faire un véritable roman, en 2016, tiens, puisque vous aimez ce type de défi”.
Sur le coup, c’est moi qui ai repris du Talisker.
“Quelles sont les fins et les évolutions que vous aviez imaginées, cher ami?”, me dit l’immortel auteur de “Demain, aujourd’hui sera hier”.
Je ne suis pas spécialement intéressé, mais j’ai insisté pour que l’on règle les détails triviaux. En moins de dix minutes, nous étions d’accord sur un chiffre et sur mon pourcentage sur les droits cinématographiques éventuels.
“Reprenons, cher ami. Finalement, qui est le père de l’enfant de Sally?”
Hélas, chère lectrice, cher lecteur, je ne peux pas, par contrat, dévoiler ce point, ni aucun autre d’ailleurs. Il vous faudra guetter dans les librairies la sortie de “Métro Mélinée Zakarian”, en 2016 ou en 2017, car le maître a eu l’immense bonté de louer le titre auquel j’avais pensé. Enfin, quand je dis louer, je devrais dire acheter, car le titre fait partie du contrat.
Nous venons de terminer la bouteille de Talisker. Giancarlo a commandé un taxi et moi, je crois que je vais aller dormir.
A demain.



Le goût des vieilles pierres

Décembre Posted on 20 Dec, 2015 23:40:46

Il me semble que le goût des vieilles pierres est une leçon de modestie. Je pense souvent à cette citation de Bernard de Chartres, lequel, au XIIème siècle, notait déjà que nous étions des nains juchés sur des épaules de géants et que si nous voyions plus loin qu’eux, ce n’est par parce que nous étions plus perspicaces, mais parce que nous étions exhaussés. J’aime sentir derrière moi le poids et la valeur des siècles antérieurs, même si par bien des aspects, je suis en désaccord. J’aime les abbayes, les églises et la musique religieuse et je suis totalement incroyant. C’est peut-être pourquoi j’ai éprouvé le besoin de faire des études d’histoire. Je n’ai aucun mal à me projeter dans les mentalités antérieures. Mais si nous sommes les héritiers du passé, nous n’en sommes pas les légataires. Dire au géant sur lequel je suis juché: non, pas par là, tu vas faire fausse route, dans ces conditions, n’est pas un mérite mais un devoir. Aimer le passé n’est pas le justifier.
A demain.



De deux choses Lune

Décembre Posted on 19 Dec, 2015 23:04:29

Et parmi les bons souvenirs de l’année, il y a eu la lune rouge du 28 septembre, que voici, tellement zoomée qu’elle n’est pas trop nette. Je me suis levé pour l’observer et le miracle s’était produit: il faisait beau, on voyait cette éclipse et la lune de sang. J’avais imaginé les personnages de mon feuilleton qui l’observaient, elle aussi.

(Le feuilleton, tiens? Eh bien, demain, je vous en donne des nouvelles, sauf imprévu.)

Incontestablement, l’avantage, avec 2015, c’est que je pourrai, quand je serai (très) vieux, m’en servir comme d’un bloc-notes. Je n’ai jamais tenu de journal intime et les agendas ne tiennent que rarement l’année. Je ne vois pas trop l’intérêt de noter: 19 décembre.

Steak au poivre vert et à la crème. D’ailleurs je me souviens très bien de ce steak du 19 décembre 1972 sans ça. Ma fille, l’aînée de mes quatre enfants, était en train de naître depuis des heures et des heures. Je me suis éclipsé – ah, ce talent de retomber sur ses pattes – et dans une gargote à côté de l’hôpital, j’ai avalé un steak dont le goût et la texture me restent encore très présents.

Eh bien bon anniversaire, ma fille, en train de visiter Aix-la-Chapelle pour examiner si le goût de notre arrière-grand-papy (nous sommes des Carolingiens, ainsi que le savent les lecteurs fidèles) était déjà au nôtre. Et non, elle ne s’appelle pas Séléné, ma fille unique et préférée, mais… Au fond elle aurait pu, c’est moi qui ai choisi son prénom, et j’aime celui-là car j’ai toujours été un petit cosmique, mais elle ne veut pas que je le divulgue. A demain!



Voyages

Décembre Posted on 18 Dec, 2015 23:59:54

Quand j’étais jeune, était-ce la diversité des racines, l’envie d’aller voir ailleurs ou une fuite, mais j’étais profondément malheureux si je n’avais pas un voyage en vue, déplacement professionnel ou vacances.
Jusqu’à quel point change-t-on? En tout cas, ce côté migrateur ne m’a jamais quitté. Je rêve toujours devant les cartes et les plans des villes. Ils me rappellent tant de souvenirs ou de projets!
Pourtant, je l’ai déjà dit ici-même, il est arrivé qu’à force, cela me fatigue et il est vrai que les aéroports sont à peu près les seuls endroits où je m’ennuie. Peu importe: où vais-je aller? Je laisse toujours un petit quelque chose à voir dans une ville. Par exemple, je suis allé une demi-douzaine de fois à Florence et je n’ai jamais visité le couvent San Marco. Pour admirer les cellules des moines et ce que Fra Angelico en fit, il me faudra retourner.
A demain (ici ou là).



Mes citrons mûrissent enfin

Décembre Posted on 17 Dec, 2015 18:46:38

Bien sûr, si je vous dis que dans mon jardin poussent des figues et des citrons, vous allez me voir quelque part bien au chaud. Menton? Nîmes? Gallargues? Mais non: Uccle (1180 Bruxelles). Ah, le réchauffement climatique… Voici que mes chromosomes méditerranéens sont rattrapés par la fièvre que prend le monde! Ce matin, sur la terrasse où le linge a séché en deux heures, 26° au soleil… En rentrant ce soir, le thermomètre de ma voiture indiquait 14°. A l’ombre, évidemment (il faisait nuit).
J’étais pourtant très inquiet à propos de ces citrons. Ils ont végété pendant presque dix-huit mois! Mais depuis quelques jours, ils jaunissent, ils grossissent… Ils seront prêts pour les fêtes.
Je vais essayer de faire pousser des avocats, des bananes et des longanes.
A demain.



Le bruit des cloches

Décembre Posted on 16 Dec, 2015 23:57:05

Autrefois, dans les villes et dans les villages, on entendait sonner les cloches. Elles rythmaient la vie, religieuse ou civile. Les horloges étaient rares. Elles servaient aussi à appeler à table, ou alors à alerter la maisonnée que quelqu’un demandait l’entrée.
Je me souviens que lorsque j’étais trentenaire, ce qui après tout n’est pas si loin dans le passé, à Andelot-en-Montagne, le clocher annonçait jusqu’aux quarts d’heure même en pleine nuit. En cas d’insomnie, entre minuit un quart et deux heures moins le quart, on l’entendait tinter sept fois d’un coup unique. Les deux coups de deux heures m’endormaient. Le temps me semblait reprendre un cours normal.
Aujourd’hui, la nuit, il n’y a plus de cloche à entendre; elle devait troubler le sommeil des villageois. Quand je suis à Merl, je les comprends: là règne un curé fou, surnommé Michel la Cloche, qui vous défonce les tympans à sept heures du matin d’un concert de soixante-quinze secondes de ses cloches dont le son sature en une infâme et disgracieuse bouillie pour appeler à la messe des paroissiens défaillants.
A Roujan il y avait deux cloches, l’une au loin, l’autre plus près de la maison. Elles dorment désormais la nuit.
C’est qu’à force d’être envahissant, on devient vite insupportable. Pourtant, une petite cloche aigrelette, discrète et amicale, c’est un signe de vie. L’intime triomphant est lui-même peut-être un peu étouffant.
A demain.



« PreviousNext »