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2015

Une année en 365 tranches

Le défi: parler chaque jour de quelque chose sans tomber dans mon nombril, le lieu commun ou le journalisme (résultat non garanti). Quelque chose qui peut être presque rien ou un événement faisant la une.
Si vous voulez en savoir plus sur moi, je vous conseille de lire ceci.
Textes et illustrations, sauf avis contraire, sont © Jean Rebuffat, Bruxelles, 2014-2015

Rue du Cimetière

Octobre Posted on 31 Oct, 2015 22:50:06

Falaises
frileuses de la mer du Nord
Ne
rêvez pas de la mer de Marmara
Gêné
par le jeu des vagues jacassantes
J’arrache
la jacinthe des souvenirs

Noyer
le souvenir bleu pour qu’il soit mort
La marée dit tu ne
l’effaceras pas
Je
réponds tu entameras ta descente
Emporte-le, il finira par mourir

À
qui donc dois-je dénoncer mon passé ?
Je
choisirai soigneusement d’autres fleurs
Évitant
scrupuleusement les yeux bleus
Qui
s’ornent de petites paillettes d’or

Et
dès demain j’irai je les volerai
Le
jour ou la nuit à n’importe quelle heure
Les
roses jaunes qui me rendront heureux
Et
qui ne se faneront pas quand je dors

J’irai
je les cueillerai dans une serre
Un
champ un fossé ou rue du Cimetière

Celles-là,
en tremblant je les garderai
Et
en murmurant Marmara je mourrai.

Réécriture d’un poème que j’ai écrit adolescent après un chagrin d’amour, selon toute vraisemblance. Il était plus court et en vers libres. J’ai choisi l’impair, onze pieds, parce que les deux vers que je préférais avaient onze pieds.

A demain



Tags et art de rue

Octobre Posted on 30 Oct, 2015 21:00:34

Athènes, en proie à la crise, à une certaine déliquescence à laquelle se mêle un certain goût de la fête tout de même, est envahie de tags et de graffitis, ceci d’autant plus que bien des maisons sont abandonnées, dans l’attente probable du promoteur qui rachètera et rasera et que de toute façon, l’argent manque souvent pour affronter l’ennemi. Dans les beaux quartiers, on voit bien que certains résistent, mais à Psiri, quartier branchouille et dévasté, c’est clairement le royaume des artistes de rue.
Je fais une distinction entre les tags stupides, lettres revendicatives ou déclarations d’amour, qui n’ont rigoureusement aucun intérêt, et les graffitis artistiques, qui ne manquent pas dans le coin, parfois drôles, parfois tout simplement beaux, et qui confèrent bizarrement une cohérence à la déglingue.
Une petite promenade?

A demain.



Que c’est beau, la photographie

Octobre Posted on 29 Oct, 2015 15:43:44

Quand on me demande à quoi cela peut-il bien servir de prendre des photos, je sors l’expression cliché – oups pardon, cela m’a échappé: cela fait des souvenirs. Outre évidemment le plaisir esthétique de les prendre. Jadis, il y avait un délai, on espérait qu’elle était bonne et trois jours, puis le lendemain, puis une heure plus tard, on était fixé – oups pardon, cela m’a échappé. Aujourd’hui on regarde tout de suite le résultat, il n’y a même plus les trente secondes Polaroïd. Et tout le monde photographie tout tout le temps. Si en 1980 on m’avait dit que je prendrais des photos avec un téléphone…
J’avoue, pour compléter le propos d’hier, qu’en prime, et sans vraiment tricher, qu’il est tellement facile de recadrer ou d’améliorer la photographie que le plaisir d’être maître du produit depuis la confection jusqu’à la livraison finale est réel. Je me refuse toutefois à utiliser des logiciels sophistiqués et je me pardonne les recadrages et autres légères modifications en me rappelant qu’avant, tout cela était déjà parfaitement possible. Au développement, on forçait un peu la dose et au cadrage, on recentrait si besoin en était. J’aimais, jeune journaliste, mais aussi chimiste frustré (je n’ai jamais exercé la profession de mes premières études), aller dans l’antre des photographes de la rédaction et regarder le miracle de la photo qui naissait dans la baignoire sous une pâle lumière orangée. Le minotaure crachait ses enfants au bout d’un labyrinthe dont les murs étaient noirs, avec une ligne jaune à hauteur d’épaule.
Ah j’oubliais: celle-ci est dans son jus, sortie d’un petit appareil de poche Fujifilm à quatre-vingts euros d’il y a six ou sept ans. Elle a été prise au début de ce mois à Athènes. Et demain, je vous calerai un petit reportage sur les tags.



Voyage dans le temps

Octobre Posted on 28 Oct, 2015 23:45:32

C’est fou tout de même ce que la technique (élémentaire) moderne peut faire. Cette photo, selon vous, quand et où a-t-elle été prise? Et quel est ce joyeux personnage? Oui, bien sûr, c’est moi, et non pas quelque star de l’écriture levant les yeux de son travail et le verre à votre santé par la même occasion. Mais qu’y a-t-il dans ce verre? Si je vous précise que la photo a été prise à New York, vous allez penser à du Coca-Cola. Erreur, grave erreur: il s’agit d’une Brooklyn beer. Et l’ambiance de la photo vous inciterait à penser qu’elle date des années cinquante, alors qu’elle remonte seulement à février 2014.
Telle qu’elle est là, pareillement cadrée, on l’imagine bien dans une revue de la moitié du XXème siècle, non? avec une légende du genre: “Giancarlo Rè, le célèbre écrivain d’origine italienne, nous reçoit chez lui après son Pulitzer”.
Mais j’étais en train d’écrire un article pour “Entre les lignes” et je n’ai pas eu le Pulitzer, est-il besoin de le préciser; dans mon modeste appartement proche des Nations Unies, j’effectuais mon modeste travail de journaliste et la photo originale va vous rendre l’ambiance vraie. Je vous mets toute la série (merci Marie-Paule) et vous comprendrez que le métier de reporter photographe suppose lui aussi quelques déchets.

… N’empêche que le Pulitzer…
A demain.



#LeRoiEstMort

Octobre Posted on 27 Oct, 2015 19:39:03

#LeRoiEstMort, et j’ajoute non pas vive le Roi, mais vive la République. Je sais qu’il est mal vu de dire du mal d’un mort, a fortiori quand il est de la famille (je vous rappelle que je descends des Capétiens et des Carolingiens, ce qui, rassurez-vous, n’ôte rien à mes sentiments républicains), mais ce retour en force dans les médias du sieur Louis Capet, quatorzième du nom, me court sur le haricot. Et aujourd’hui, on inaugure une exposition au château de Versailles, très bien lancée sur les réseaux sociaux et sobrement intitulée “Le Roi est mort” (si seulement c’était vrai). D’accord, c’est le 300ème anniversaire de sa mort. C’est aussi le 330ème de l’édit de Fontainebleau, qui révoquait l’irrévocable édit de Nantes. Il y a trente ans, j’étais à Anduze pour la commémoration (douloureuse) de cet événement et ma fille (unique et préférée) portait sur son cou d’enfant la croix protestante que son arrière-grand-tante lui avait donnée parce que son second prénom était celui que j’avais choisi pour ma fille. Laquelle lui a renvoyé l’ascenseur de façon posthume: sa plus jeune fille à elle porte le prénom de cette tante. Car je descends aussi de ces protestants du Midi que le bon Louis, dit le Grand, dit encore le Roi-Soleil, avait trahi, pourchassé, persécuté et finalement massacré, à tout le moins ceux qui résistaient et qui n’avaient pas fait comme 300.000 des leurs, décamper au plus vite.
On dira c’est l’époque mais pour moi, ce cousin-là, voyez-vous, c’est l’archétype du totalitaire, de l’intolérant et de l’arbitraire. Or on lui a tout pardonné, en République, où l’on condamne les combien minimes dérapages, en regard, de l’époque révolutionnaire. Au lieu de le traîner devant le tribunal pénal international. Il n’y a pas que le monde qui est injuste; l’Histoire, aussi.
A demain.



Chaussure à son pied

Octobre Posted on 26 Oct, 2015 18:00:08

Un instant: je cherche la photo. Ah, la voilà. Elle a été prise en 1999 à Saint-Germain-en-Laye dans un magasin de chaussures. Les vendeuses étaient en plein boulot: on refaisait l’étalage et on rangeait les étagères. Une manière douce et ironique de faire comprendre aux parents que l’on n’en a rien à cirer, des chaussures, c’est cette espèce de prise de possession de l’espace, ce détournement malicieux et très sérieux en même temps (regardez leurs têtes à la Buster Keaton).
Ne dites pas que j’abuse des vieilles photos. Bien sûr qu’ils sont adorables. Mais je ne veux attendrir personne. Ce qui me frappe, c’est le sérieux du jeu. Je me demande bien, seize ans après, ce qui leur est passé par la tête et ce qu’ils pensaient, quelle était la part de protestation, de plaisanterie, de provocation et de besoin d’amour là-dedans.
Ils ne semblent pas s’en souvenir. Je me demande si aujourd’hui, ils n’estiment pas la photo fabriquée. Mais elle ne l’était pas. Un regard entre eux et hop! C’était fait.
A demain.



Un vieux rendez-vous oublié

Octobre Posted on 25 Oct, 2015 19:16:51

Je vous ai déjà parlé de ces boîtes à livres dans lesquelles je me ravitaille, principalement en livres de poche antiques qui remplacent à peu de frais (juste la peine d’aller jusque là) ceux qui se sont égarés à la suite de séparations, de déménagements ou de prêts.
Je viens de terminer aujourd’hui “Le Rendez-vous de Bruges”, un roman d’Armand Lanoux qui probablement ne doit plus être connu que des vieux croûtons ou des hyperspécialistes de la littérature française du XXème siècle. Ceux-là savent qu’Armand Lanoux eut son heure de gloire. Il décrocha le Goncourt en 1963 avec “Quand la Mer se retire”, le seul Goncourt que j’aie jamais lu avant qu’il reçoive le prix. Si mes souvenirs sont bons, je l’avais acheté dans une librairie française à Beyrouth durant l’été 63. Par la suite, Lanoux lui-même eut son couvert chez Drouant (je ne désespère pas, mais il est temps que je m’y mette). Le thème majeur qui traverse l’oeuvre écrite de cet auteur, qui fut aussi peintre et réalisateur à la RTF quand la télévision française était naissante, c’est la guerre, perçue comme une maladie de l’âme de ceux qui l’ont faite, bon gré mal gré. Le rendez-vous est antérieur à la mer mais l’édition en poche que j’ai retrouvée date du 2ème trimestre 1965. J’ai sursauté en voyant la couverture – qui dira le charme de ces aquarelles ou de ces gouaches anonymes qui faisaient la couverture? Eh bien moi, en fait – parce que des souvenirs en caravane ont immédiatement défilé dans ma tête.
C’est un bon livre, un roman comme on n’en fait plus, d’une certaine façon, et qu’un critique truffaldien pourrait critiquer en attaquant la sclérose de la qualité française. Pourtant il y a une vraie histoire, de vrais personnages et de vraies questions. Il ne s’y passe pas grand-chose, c’est plutôt une interrogation sur le passé qu’on ne peut s’empêcher de revivre et qui n’était pas tel qu’on le pense, qu’on le veut ou qu’on l’imagine. L’intrigue se passe dans un hôpital psychiatrique non loin de Bruges – en Flandre donc. De son passé de peintre, Lanoux garde une capacité de décrire certaines scènes de façon picturale (je n’ai pas dit pittoresque), mais aussi une grande admiration pour la peinture dite flamande, Memling, Bosch, Bruegel, Ensor ou Delvaux, par exemple, et ce n’est pas par hasard qu’il a choisi la Flandre de 1956 comme cadre à son roman où l’on flirte avec la folie.
Moi, j’aime, malgré parfois quelques petites descriptions inutiles et un goût du pittoresque, aussi (cette fois pas du pictural), qui fait dériver le livre vers une sorte de grand reportage. Avec talent, n’empêche, et parfois avec acuité. Je vous mets une citation. Le héros et sa femme viennent de se promener dans Bruges et ont croisé, à côté d’un magasin de dentelles et d’une boucherie, une entreprise de pompes funèbres où des cercueils capitonnés semblaient dire “mourez, certes, mais confortablement”. Ils touchaient là le mystère des Flandres: le cercueil verni à côté des poulardes, la spiritualité des martyrs à côté des servantes épanouies, le piano du ciel près de l’orgue Hammond, le silence et le tumulte, la paix et la kermesse. Mystérieux, mystérieux peuple, bambocheur et secret, distingué et grossier, propre et scatologique, peuple pensif et braillard qui pousse ses avant-postes jusqu’à la Somme.
Elle était comme ça, la Flandre, en 1956, et le jeu du français et du flamand qui s’y jouait, et qui est très bien décrit, doit apparaître bizarre aux observateurs d’aujourd’hui. Mais moi, c’est “à demain” que je vous dis.



La seule chose que j’aime dans l’automne

Octobre Posted on 24 Oct, 2015 21:13:11

Je hais octobre, je vous l’ai déjà dit. Mais je fais une exception pour les couleurs de l’automne. Quand tout hésite encore entre vert, brun, rouge et jaune, quand les couleurs s’ensommeillent avant le noir et blanc de l’hiver, j’aime. A condition que la lumière ambiante leur permettent de se manifester.
Il y a peu de choses plus tristes que les couleurs de l’automne sous une pluie battante.
A demain.



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