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2015

Une année en 365 tranches

Le défi: parler chaque jour de quelque chose sans tomber dans mon nombril, le lieu commun ou le journalisme (résultat non garanti). Quelque chose qui peut être presque rien ou un événement faisant la une.
Si vous voulez en savoir plus sur moi, je vous conseille de lire ceci.
Textes et illustrations, sauf avis contraire, sont © Jean Rebuffat, Bruxelles, 2014-2015

Les serrures de la nuit

Septembre Posted on 30 Sep, 2015 23:31:43

J’entrerai dans la nuit en forçant les serrures
Le bruit du
vent d’été dans tous ces peupliers
D’un amour finissant
ressemble aux déchirures
Il finira cassé d’avoir été plié

Le nageur imprudent plonge dans l’Achéron
Croisant deux ou
trois fois la barque de Charon

On dit que je serai à bord d’un paquebot
Ou d’un sampan safran
qui caresse l’écume
À moins que le radeau ne s’impose plutôt
Nos
grippes très souvent ne sont que petits rhumes

Le plongeur impudent nage dans l’Achéron
Narguant deux ou
trois fois la barque de Charon

J’avais perdu le fil de tous vos longs discours
J’avais même
égaré le plan de l’avenir
J’avais perdu le nom de tous ces beaux
amours
Mon vieux trousseau de clefs je ne peux revenir

Je vais sombrer enfin tout fleuve est Achéron
Tout visage est
celui du sinistre Charon

Je ne sors de la nuit qu’en ouvrant une porte
Inattendue. Mais
toi tu t’en ficheras bien
Tu n’y comprendras rien car je ferai en
sorte
Que tous tes avenirs restent très loin du mien.

J’avais écrit cela le 7 juin et dans le billet du 8, j’ai publié un autre poème, plus vieux, encore que celui-ci est la réécriture d’un ancêtre. Je vous avais écrit que je n’avais pas envie de le publier. Ce soir je l’ai relu et je me demande bien pourquoi.
A demain.



La boîte à livres

Septembre Posted on 29 Sep, 2015 21:57:54

Il y a dans mon quartier à Uccle une boîte à livres où l’on peut déposer ses vieux bouquins à destination d’un inconnu qui les aimera. Il y en a ailleurs, au reste, et dans d’autres villes aussi, mais j’aime bien, comme ce vieil homme, soulever la porte de cette curieuse miche et voir ce qui s’y trouve.
J’ai déjà pêché là quelques romans intéressants, quelques vieux livres de poche (ceux qui ont une odeur si particulière) et quelques polars dont certains tout neufs.
Voilà la boîte aujourd’hui et ma récolte de ces trois derniers jours, le hasard m’ayant fait croiser par là plusieurs jours de suite.

J’aime faire survivre les vieux livres, tic que j’ai légué à mon fils François dont le lecteur fidèle se souviendra qu’il avait trouvé là une édition de “Citadelle”. Aujourd’hui j’ai pris un Morand (plus personne ne le lit, et question opinions, ce ne sont pas les miennes, mais c’est bien écrit) et “Le brave soldat Chvéik” en livre de poche, en souvenir de mon père qui adorait ce livre et de l’odeur de poussière que cet exemplaire dégage et qui m’a toujours fait penser au vieux bourgogne.
Au fil des déménagements, des séparations et des prêts, beaucoup de mes vieux livres de jeune homme se sont égarés, et c’est toujours une joie de retrouver certains d’entre eux – je me dis parfois que ce sont peut-être les mieux qui resurgissent. Où sont passés “Les Thibault”? Le tome premier est à nouveau entre mes mains…
A demain.



La lune saigne

Septembre Posted on 28 Sep, 2015 13:55:08

Le réveil sonne dans la chambre de l’hôtel bruxellois où John
et Mélinée passent la nuit. Il est quatre heures du matin. Le
congrès de Mélinée commence à neuf heures mais elle ne veut pas
rater la lune rouge. Il n’y a pas un bruit quand John ouvre la
fenêtre. Ils s’exclament qu’il y a plein d’étoiles ! Le ciel
est superbe, bleu sombre tirant vers le noir et ponctué de minuscules taches jaunes. « Nos
étoiles sont moins grandes que celles de Van Gogh », note
Mélinée, qui ajoute : « Oh, regarde, la lune, elle est
là ! On n’a même pas besoin de sortir !… »

John prend son appareil photo. « Ah, c’est difficile !
Le zoom est puissant, pourtant… mais c’est difficile à mettre au
point ! »

Ils regardent. La nuit est froide et sombre mais nette : pas
la moindre brume.

La lune est rouge
Plus rien ne bouge
Tache de sang
Un
long moment

Un bleu profond
Toile de fond
Pour les étoiles
Qu’elle
dévoile

Il faut dormir
Viens te blottir
Et si l’amour
Au petit
jour
Se fait très vite
C’est tout de suite

« Regarde », dit John. « Finalement Jean a
raison : ce n’est pas si difficile d’écrire un quadrupède. »

Elle lui sourit
Ils vont au lit
Et puis s’endorment
Sans
autre forme
Le corps calmé
L’âme apaisée.

En effet, John. Ce n’est pas si difficile. C’est comme le bonheur.
J’espère qu’il ne faudra pas attendre 2033 pour que vous retrouviez
ce doux moment. Être heureux par secondes entières, par minutes
parfois, voire quelques heures ou quelques jours, ce n’est pas
impossible non plus. Mais c’est comme ton téléobjectif, John :
difficile à mettre au point. Même la lumière peut être un
parasite.

À demain.



La grande roue

Septembre Posted on 27 Sep, 2015 22:35:45

Un voyage en train entre Liège et Bruxelles tout à l’heure. Départ de la gare des Guillemins – superbe. Sur le quai, les gens attendent. Le train est en retard. Mais ne dit-on pas qu’un dessin vaut mieux que mille mots? Je vous laisse deviner la suite, le coucher de soleil, la foule qui monte, la foule qui encombre le train, la Flamande montée à Louvain qui demande à son jules s’il est prêt à regarder la lune rouge cette nuit, puis Bruxelles enfin, la gare du Nord d’abord, les gens qui au Midi se ruent vers la sortie, le monsieur qui est en retard et puis moi qui attend, rêvant d’un vélo avant que mon fils Pierre vienne me prendre en voiture.
Tout cela m’a donné le vertige. Pas question d’essayer la grande roue.
A demain.



Jours tranquilles

Septembre Posted on 26 Sep, 2015 18:22:56

Mélinée et John se promènent dans Paris en profitant des premiers rayons du soleil automnal. Mélinée et John aiment Victor Hugo et donc par cela et pour sa beauté aussi, cela va sans dire, la place des Vosges. Mélinée et John aiment ce qu’ils aimaient tous les deux séparément. Le ciel est bleu.
Pourquoi écris-je cela aujourd’hui? Parce que j’ai besoin de ciel bleu, d’accord et choses agréables… Mais je contreviens aux règles de la littérature et du feuilleton. Il faut que ça saigne et décrire le bonheur, c’est vite fait. Ils se marièrent et ils eurent beaucoup d’enfants. Ils se marièrent, dans leur cas, c’est encore au futur mais le vieux Me Zakarian présente déjà John comme son futur gendre.
Et l’enfant, c’est dans le ventre de Sally qu’il pousse. Sally est à Londres mais Sjoerd Olinga est à Paris et alors que John et Mélinée (tiens: souvent, dans les couples, pour des raisons d’euphonie, on préfère un ordre à l’autre, mais avec eux, John et Mélinée ou Mélinée et John, cela marche aussi bien; j’aime le é allongé de Mélinée et de et avant la rupture du J anglais prononcé Dj).
Et alors que John et Mélinée prennent un verre au café de l’Arsenal, Mélinée voit arriver vers eux la lo,gue silhouette du peintre frison et elle ressent le sentiment extrêmement désagréable qu’elle était guettée à son insu.
(à suivre) et à demain.



Saut en auteur

Septembre Posted on 25 Sep, 2015 19:48:44

Je viens de finir la lecture d’une enquête d’Hercule Poirot que je ne connaissais pas alors que fan d’Agatha Christie, je possède son œuvre complète. C’est qu’elle aussi à son tour a été victime de cette manie qui consiste à faire revivre des personnages romanesques longtemps après leur mort (celle de leur auteur, en fait, mais est-il besoin de préciser). C’est à présent une véritable prolifération. Rien que cette semaine, j’ai appris qu’on allait ressusciter Corto Maltese et de passage à la librairie, j’ai failli attraper un torticolis devant la suite de Millenium. Pour Tintin, il faudra attendre 2062, je ne sais pas si j’en aurai la patience: dame, à 115 ans, on m’en excusera probablement. Je ne sais pas non plus si Tintin intéressera encore quelqu’un en 2062 mais c’est un autre problème.
Je fais une exception pour les Blake et Mortimer, que je trouve globalement réussis. Sinon ces livres, souvent fort bien faits d’un point de vue technique (l’intrigue épouvantablement tarabiscotée de “Meurtres en majuscules” est ingénieuse), m’ennuient. On n’y retrouve pas le charme et la fraîcheur d’origine. Ce sont de respectueux pastiches dont la motivation première me rappelle la parole d’un espion dans les aventures d’Oumpapah (tiens, Astérix aussi, évidemment). Démasqué, il dit: “J’avais une bonne raison pour faire cela”. On lui demande laquelle et il répond: “J’ai fait ça pour de l’argent”.
A demain, avec la suite du feuilleton, le vrai, copié de personne, ne pastichant personne et avec des héros que je suis prêt à revendre au prix fort. (jean@jeanrebuffat.com)



Nox irae

Septembre Posted on 25 Sep, 2015 00:28:20

La colère a la couleur de la
nuit
D’une nuit sans lune ou trop nuageuse
D’une nuit sans fin
le jour s’est perdu
La colère monte et la mer déborde

On imagine des loups noirs en horde
Qui
dévorent tout j’ai été mordu
La montée des eaux a été
rageuse
Dans la vraie nuit c’est l’œil du loup qui luit.

A demain.



Les nuages s’accumulent

Septembre Posted on 23 Sep, 2015 18:51:23

Le plan de Sally était simple: faire l’amour avec les trois pères putatifs de l’enfant qui poussait dans son ventre et qu’à présent, enfin elle sentait remuer et récupérer leur ADN via ce qu’ils laisseraient dans les préservatifs qu’ils mettraient.
Cela avait marché comme sur des roulettes le week-end et lundi passés. Vendredi, le 18 donc, elle prit l’Eurostar et passa un excellent week-end à Paris avec Jean-François Aubert.
Dimanche, le 20, elle quitta le journaliste sans encombre (il était de service, il ne pouvait pas l’amener à la gare) pour prendre, à la gare du Nord, le Thalys vers Amsterdam, où Sjoerd Olinga se trouvait pour quelques jours (“Pour affaires”, avait-il dit. “Mais ne t’en fais pas, il n’y a pas de transport comme l’autre fois…”). Lundi soir, dans un hôtel qui donnait sur un quai, à propos d’affaire, celle qu’escomptait Sally était dans le sac, bien rangé dans un sac étanche sur lequel elle avait collé une étiquette S.O. Mardi elle passa son temps à se promener dans Amsterdam, seul, elle ne tenait pas trop à être mêlée de près aux affaires du peintre frison. Et aujourd’hui, mercredi 23, elle est de retour à Londres. Il ne lui reste plus que Mr. Fawkes à épingler. Elle prend son téléphone et elle apprend que malheureusement, Mr. Fawkes n’est pas à Londres cette semaine, ni la suivante d’ailleurs, mais qu’il a laissé des instructions quant au suivi du dossier de Sally. Le site marche bien, très bien, et des royalties lui seront versées à la fin du mois, “à peu près 7.000£”, dit l’homme qui s’est présenté comme l’associé de Mr. Fawkes. Sally insiste: c’est Mr. Fawkes qu’elle désire rencontrer personnellement. Mais selon l’associé, il ne repassera que brièvement à la mi-octobre.
Sally raccroche, mécontente. Comment va-t-elle faire?
Une idée lui traverse la tête: déjà donner pour analyse les deux échantillons Jean-François Aubert et Sjoerd Olinga. Après tout, si ce n’est ni l’un ni l’autre de ces deux-là, c’est forcément le troisième, non? Bon, elle n’aura pas la preuve scientifique, mais elle saura, c’est l’essentiel. Elle verra bien après.
Elle vient de se lever pour quérir les deux sachets en plastique. Et là c’est l’horreur: l’étiquette S.O. s’est décollée. Les deux sachets se ressemblent comme deux gouttes d’eau.
(à suivre) et à demain.



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