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2015

Une année en 365 tranches

Le défi: parler chaque jour de quelque chose sans tomber dans mon nombril, le lieu commun ou le journalisme (résultat non garanti). Quelque chose qui peut être presque rien ou un événement faisant la une.
Si vous voulez en savoir plus sur moi, je vous conseille de lire ceci.
Textes et illustrations, sauf avis contraire, sont © Jean Rebuffat, Bruxelles, 2014-2015

A votre santé

Août Posted on 31 Aug, 2015 22:24:54

Il y a des jours où mon métier de journaliste me désespère. Je commets sur les réseaux sociaux des petits messages destinés à promouvoir deux articles récents que j’ai écrits dans Entre les lignes.
L’un concerne les bières houblonnées très à la mode en Belgique ces derniers temps et l’autre, le problème des migrants. Eh bien la mousse intéresse trois fois plus que la détresse… C’est à se décourager d’être polyvalent!
Pour avoir vécu plusieurs drames en cette année 2015 (pourquoi diable est-ce cette année-là que j’ai décidé d’illustrer d’un billet chaque jour?), je suis bien placé pour dire que la phrase bateau “la vie continue” est certes d’application, mais à ce point… Il est vrai que la mort du lion Cecil a nettement plus choqué les braves gens que les naufrages des êtres en exode. Alors je me mets dans l’air du temps et après la bière, je glorifie le vin. Ainsi finit l’été. Demain, c’est la rentrée…
A demain.



Le photographe photographié

Août Posted on 30 Aug, 2015 23:54:15

Cela relève probablement de l’indiscrétion, mais, je le reconnais, j’adore photographier les gens qui photographient. Je me souviens d’un groupe de touristes japonais, nous devions être en 1971, tous équipés d’excellents appareils (pour l’époque) et tous, bien une trentaine, prenant exactement la même photo en même temps; c’était à Rome, dans les jardins de la villa Médicis, à Rome.
Le photographe a par nature quelque chose d’autiste. Il est dans son monde, fermé sur lui-même, tendu vers son but: ne pas rater son cliché. Il ne fait attention qu’à ce qu’il a au bout de l’objectif; en l’occurrence, la jeune femme essaie de capter l’instant que vit son enfant, une petite fille de cinq ou six ans, pataugeant dans l’eau de la Méditerranée au Cap d’Agde. La gamine, avec un faux naturel très étudié, avait repéré le manège de sa maman et posait. Je me suis demandé quel sentiment d’orgueil elle pouvait éprouver à voir ainsi sa maman se prosterner devant elle. Dans quelques années, probablement, elle ne supportera plus cette mise en scène et intimera l’ordre à sa mère de ne plus en faire autant. C’est la loi du genre: les attentions des parents ressortent de l’encombrant. La maman se consolera en regardant la photo de ce beau mois d’août où l’enfant était encore un modèle docile et patient.
A demain.



Encore un mensonge

Août Posted on 29 Aug, 2015 19:18:03

De passage voici une bonne quinzaine de jours en mes terres occitanes, je me suis promené en famille dans les rues de Pézenas, ce qui n’a rien de très original en soi: tout le monde sait que c’est une très jolie petite ville et qu’elle est remplie d’estivants, pour reprendre un mot vieilli.
J’étais avec mon appareil photo et je me suis mis à mitrailler les devantures que le soleil avantageait. Les commerçants semblaient me prendre pour un journaliste (ai-je tellement une tête de journaliste?) qui rassemblait de la documentation pour un livre.
J’étais frappé par les couleurs et par la beauté des étalages. Et en rangeant ces photos, je me suis rappelé que François Truffaut, dans son dernier film notamment, avait été très attentif au noir et blanc. Il ne voulait pas de costume gris pour Jean-Louis Trintignant, par exemple; il voulait des couleurs qui étaient peut-être atroces mais dont le résultat, en noir et blanc, était celui escompté.
Je ne sais pas comment il a fait. Mais j’ai compris comment il ne fallait pas faire. La photo a l’air fade. En réalité, cela donne ceci:
J’ai juste mis, dans un logiciel de photo simplissime, la fonction “N&B”. Pas d’autre retouche!
Décidément il n’y a pas plus menteur qu’une photo. Je ne sais pas pourquoi j’en viens, sur le tard, à la fois à les détester mais aussi à les aimer pour cette raison. Puisqu’il s’agit de réalité travestie, c’est de l’art. Je déteste par contre les photos scénarisées. Je n’aurais jamais eu l’idée de payer deux acteurs pour s’embrasser à l’Hôtel de Ville.
A demain.



Les vieilles devantures

Août Posted on 28 Aug, 2015 23:53:53

J’aime les vieilles boutiques même quand elles sont de toc. Celle-ci est nickel (enfin, si je puis dire…) et sent la peinture fraîche. Il y a un passéisme qui apparaît garant d’une certaine qualité. C’est comme la cuisine de grand-mère et la façon à l’ancienne…
Le seul problème, c’est que quand j’étais jeune, j’entendais déjà le même refrain. Je suis grand-père, à présent, et mes grands-mères sont loin, très loin. Le passé est comme le souvenir: on n’en garde que le meilleur – ou le pire, parfois. Rien ne reconstitue mieux le passé que la lecture des vieux journaux, jusqu’au prix de vente de ceux-ci. Parce que là, il n’est pas soigneusement reconstitué.
Mais ce qui me plaît bien, dans cette devanture piscénoise, c’est qu’elle se moque d’elle-même et qu’elle avertit du pastiche. Non, décidément, tout ce qui brille…
A demain.



Un sentiment de culpabilité

Août Posted on 27 Aug, 2015 17:04:17

Je me suis réveillé cette nuit avec un sentiment de culpabilité.
Un cauchemar m’avait transformé en homme immobile, incapable de
bouger. Comme mon petit-neveu Aurélien sur son lit d’hôpital, bien
sûr. J’ai bougé, pour conjurer le sort, et j’ai eu honte de ce bras
à peine soulevé.

J’ai eu honte d’avoir écrit il y a des années un poème que j’ai
retrouvé tout à l’heure. À l’époque je n’aimais que les vers
libres ; je détestais les carcans des règles et des rimes.
J’ai complètement changé d’opinion et de manière d’écrire, mais
là n’est pas l’important. Je me suis demandé, dans le silence du
milieu de la nuit, si le fait d’avoir écrit cela portait en lui
quelque chose de prémonitoire qui avait forcé le destin des
décennies plus tard. J’ai ouvert la fenêtre. Je voulais me
réveiller. La rue sentait la pluie d’été et pourtant il faisait
plus que frais : froid, déjà.

Je ne suis pas superstitieux. Mais parfois je distingue dans ma
vie ce que j’appelle des signes du destin : la non-concordance
des agendas entre une femme et moi, par exemple, ou le fait de
croiser telle ou telle personne à un moment inattendu, enfin, des
détails comme ça qui ne veulent rien dire en fait mais qui sont
parlants en particulier.

Je suis retourné dans le lit et j’ai mis longtemps à me
rendormir. Et quand je me suis réveillé, ce matin, le malaise ne
m’avait pas quitté. La culpabilité, c’est diffus. Il n’est pas
nécessaire d’être coupable pour la ressentir. D’ailleurs c’est un
ressort bien connu des régimes totalitaires. Et du coup je réfléchis
à la création. C’est une manière d’exorcisme que d’écrire mais
surtout de publier, dans le sens premier du terme : rendre
public. Et tout cela est très loin du nombrilisme ou de
l’exhibitionnisme. À vous de juger.

Mouvement

Comme
c’est étrange
Je dis je bouge
Et je peux bouger

Prisonnier
de mes mouvements
Enchaîné par mes futurs antérieurs
Entravé
par mes passés composés
Immobilisé par mes présents impératifs

Je
dis je bouge
Et je bouge un peu
Craignant de
déranger
Spectateurs inattendus
véritables voyeurs
et
passants attardés

Un
mouvement saugrenu
Incongru
Un simple mot

Je
peux bouger
Mais ne le veux

Le
sentiment d’exister
La conscience d’être
Dans la potentialité
du mouvement

Mais
dans sa témérité
Je ne puis le dire clairement

Ce
sont les autres
Ou la mort
Qui relèvent les défis
Et
empochent les enjeux.

À
demain



Surréalisme

Août Posted on 26 Aug, 2015 19:19:15

On dit que la Belgique est la patrie du surréalisme. Peu de domaines, en effet, échappent à cette constatation. Prenez la météo, par exemple. On me vante l’application de l’IRM. Je l’installe sur mon téléphone. Eh bien, l’IRM m’apprend autant de choses sur la belgitude que sur la météorologie fédérale. J’adore le résumé de ce soir des prévisions pour demain. Je lis que le ciel sera très nuageux mais que le temps restera sec. Ouf, pas besoin d’imper. Confirmation: le risque de pluie n’est que de 90%. Un peu comme la minorité francophone de la commune voisine d’Uccle où j’habite, à savoir Linkebeek. Un temps sec avec 90% de risque de pluie et une minorité de 90%, c’est belge, ça, aucun doute.
Le texte qui apparaît quand on clique n’est pas mal non plus: le vent, la nuit de jeudi à vendredi, sera partout faible de directions variées ou de secteur sud. Je présume que le sud, dans l’inconscient collectif belge, doit être nulle part et ne mérite même pas d’être dans la variété des directions.
Mais ce soir? Une zone d’orage (sans s, un seul, sans doute, mais un gros) abordera l’ouest du pays dans les prochaines heures. Plus tard dans la soirée, elle arrivera éventuellement aussi sur le centre du pays (manière dont les météorologues belges parlent de Bruxelles et de ses environs).
Bref on verra bien. Nous sommes fixés: il faut s’attendre à tout. Non, peut-être!
A demain.



Le désespoir de l’araignée

Août Posted on 25 Aug, 2015 23:10:36

En cette fin d’été, l’araignée prolifère et développe ses toiles très visibles dans la rosée du matin.
Comme je le disais hier, j’aime les araignées, petites bestioles impopulaires qui cependant jouent un rôle dans la régulation des insectes. Pourquoi l’arachnophobie, dès lors, est-elle si fréquente? Dans sa forme aiguë, elle toucherait à peu près 6% des êtres humains mais à en croire la plupart des sources, une femme sur deux et un homme sur dix ont peur des araignées… Certains émettent l’hypothèse carrément idiote qu’il s’agit là d’une réminiscence multimillénaire: les hommes préhistoriques se seraient méfiés… Ils ont dû aussi se méfier des souris, probablement, bêtes féroces et menaçantes, capables de dévorer vif son homme en cinq sec.
J’aime la patience et l’agilité de l’araignée, sa persévérance, sa beauté aussi.
Quand j’étais jeune, dans le bureau de la maison que j’occupais à l’époque, il y avait une petite anfractuosité dans le plâtre à côté de la fenêtre. Une grande araignée noire y avait élu domicile et nous vivions en bonne intelligence. Elle sortait me saluer. Mais un jour, horrifiée, la femme de ménage l’a mise à mort alors que j’étais absent. Elle n’avait pas manqué de me signaler fièrement son forfait. Croyez-le ou non, mais cette araignée m’a manqué tout un temps, et je regardais avec nostalgie la petite anfractuosité qui attendait la réfection de la pièce pour disparaître, rendant désormais inhospitalière une fenêtre devenue d’un coup bien banale.
A demain.

PS. Jiminy a disparu. Je lui souhaite d’avoir d’un bond puissant retrouvé la nature et d’y vivre le reste de son âge.



Le visiteur inattendu

Août Posted on 24 Aug, 2015 19:31:48

Mon bureau, à Bruxelles, donne sur le jardin mais est au second étage. Les remous atmosphériques ont amené jusque sur mes persiennes ce visiteur qui a dû faire un fameux bond tout de même.
Depuis lors, épuisé par son exploit, il reste là, immobile, apeuré peut-être. Il s’est aplati, je viens de diriger mon regard vers lui presque furtivement, je ne veux pas le déranger.
Je comptais aujourd’hui vous parler des araignées qui font tellement peur à certaines personnes (moi, j’aime les araignées), lesquelles, je parie, trouve ce petit animal-ci parfaitement mignon, à l’instar des coccinelles, qui ont très bonne presse.
Je ne sais pas combien de temps Jiminy va rester là. S’il y est encore quand je rentre tout à l’heure (nous allons dîner dehors, ce soir), je lui achète un parapluie et un petit chapeau ridicule.
A demain.



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