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2015

Une année en 365 tranches

Le défi: parler chaque jour de quelque chose sans tomber dans mon nombril, le lieu commun ou le journalisme (résultat non garanti). Quelque chose qui peut être presque rien ou un événement faisant la une.
Si vous voulez en savoir plus sur moi, je vous conseille de lire ceci.
Textes et illustrations, sauf avis contraire, sont © Jean Rebuffat, Bruxelles, 2014-2015

Sally passe à table et au lit

Juillet Posted on 31 Jul, 2015 23:27:39

Ce qu’il y a de bien avec Prévert,
pensa Jean-François Aubert, c’est qu’il lui arrivait de faire court,
très court. Citer un poème d’une ligne est autrement plus facile
que réciter la fin de Moïse selon Vigny (et d’ailleurs, le
journaliste n’en avait retenu qu’un vers, « Laissez-moi
m’endormir du sommeil de la terre »). Un journaliste doit
toujours faire court. Mais comment traduire en anglais « De
deux choses l’une et l’autre c’est le soleil » ?

Elle n’avait pas fait long, Sally. « Je
me suis débarrassé de cet emmerdeur de Sjoerd Olinga et je voudrais
vous raconter certaines choses pour si quelque chose se passe. »
Et prétextant un retour à Londres, elle avait largué le peintre,
lequel, ça tombait bien, devait passer quelques jours aux Pays-Bas.
Mais au lieu de l’Eurostar, elle avait pris le Thalys, était
retournée à Paris et avait pris contact avec Jean-François Aubert.
D’où le repas de la veille et la nuit qui avait suivi tout
naturellement (Sally se sentait de plus en plus l’âme d’une
séductrice). Jean-François Aubert lui avait promis de la faire
rencontrer son copain, le capitaine Marc Denfert. Elle avait joué
cartes sur table. Et conclu un pacte, comme Faust avec le diable :
ne pas perdre Sjoerd Olinga de vue.

Et ce vendredi, le journaliste en RTT
avait trimballé d’Anglaise dans un Paris comme seules les touristes
anglaises peuvent aimer. Puis la jeune femme lui avait dit que
d’accord tout ça c’était bien mignon mais qu’elle aurait bien voulu
voir quelque chose d’autre que le Pont neuf.

(à suivre) et à demain pour un billet
tout autre.



Un rendez-vous galant

Juillet Posted on 30 Jul, 2015 18:43:53

« I beg your pardon ? »
répondit Sally au policier moustachu qui venait de lui demander ses
papiers en français. « Je ne comprends pas le français »,
annona la jeune femme. « Péïperss », répéta le flic,
« you givmi péïperss ». Elle ne put plus faire mine de
rien. Elle fouilla ses poches et sortit son passeport. « You
ève tout folauwmi at the commissariat », commenta le
moustachu.

Arrivée à l’Amigo, Sally fut
fouillée. Bien entendu, l’enveloppe avec les vingt billets de 500
euros fut aussitôt trouvée. On lui donna un reçu et on la fit
patienter dans une cellule d’attente. Vers deux heures du matin, un
gradé, visiblement, l’interrogea dans un anglais potable. D’où
venait l’argent ? Mais c’étaient ses économies. Enfin, une
partie : il y avait encore le double sur son compte en banque.
Elle réclama son téléphone portable, utilisa l’appli de sa banque
et cala le solde devant le nez du gradé. Non, elle n’avait pas peur
des pickpockets. Mais en réalité, elle préférait prendre cet
argent avec elle que le laisser traîner. Elle était prudente,
gardait la main sur l’enveloppe. « Tout de même, dit le
policier, 10.000 euros ! » Sally expliqua qu’elle avait
l’intention d’acheter une œuvre d’art.

La perplexité du policier était
visible. Il ne croyait pas à la fable de Sally, c’était l’évidence,
mais son inspecteur lui avait juré qu’elle avait une enveloppe
pleine de cocaïne dans la poche de son imperméable. Sally avait non
seulement de très belles mains – le policier l’avait noté, comme
tant d’autres dans cette histoire – mais très habiles : sa
feue grand-mère lui avait appris plein de tours de prestidigitation.
Comme elle ne croyait qu’à moitié aux serments de Sjoerd Olinga, elle
avait usé de ses dons pour éviter que les ennuis qu’elle
rencontrait ne devinssent vraiment énormes et s’en félicitait
chaudement.

Au pire, elle allait rester quelques
heures dans cet endroit certes peu sympathique. Elle aurait encore
toute la journée pour se reposer. Elle avait dit qu’elle devait
rentrer à Londres mais en réalité, elle était en congé jusqu’au
1er août. Elle joua un peu les emmerdeuses, mais
pas trop : jusqu’à quand allait-on la garder, elle n’avait rien
fait de mal, était-ce ainsi qu’on traitait les touristes
britanniques, pouvait-elle prévenir son consulat ? Pas de vraie
rébellion. Et à sept heures et demie, après un discret coup de fil
à Marc Denfert très étonné de ce fiasco, le gradé fit relâcher
la jeune femme.

Sally alla à pied vers la gare du
Midi. Elle se doutait qu’on la suivrait. Elle entra dans un magasin où
l’on vendait des portables et fit l’acquisition d’un modèle doté
d’une carte prépayée. Elle expédia un SMS à Sjoerd Olinga sur son numéro luxo :
elle était libre, craignait d’être suivie et lui fixait rendez-vous
au McDo de la Bourse. Qu’il renvoie l’ascenseur et lui amène ses
affaires. Elle ajouta qu’elle avait l’argent, pensant bien que
c’était surtout ça qui intéressait le peintre.

Ce jeudi, Jean-François Aubert a
quitté le journal vers 18 heures. Il a juste le temps de rentrer
chez lui, dans sa tanière de célibataire, cependant toujours
impeccablement rangée. Il a un précepte : « Plus c’est
petit plus vite le désordre devient insupportable ». C’est
qu’il a rendez-vous ce soir. Il va prendre une douche et changer de
chemise. Où va-t-il bien pouvoir emmener la jeune personne qu’il va
inviter ? Il faudra qu’il se renseigne si les Vins des Pyrénées
sont ouverts. C’est tout près de la place des Vosges, de la Seine et
de plein de lieux éblouissants aux yeux d’une jeune femme qui ne
connaît pas Paris. Et qu’il n’oublie pas de prendre le second casque. Pour le retour. Les journalistes se croient tous très séduisants.

(à suivre) et à demain (oui, demain,
encore le feuilleton) !



Déclaration d’amour et projet de mariage

Juillet Posted on 29 Jul, 2015 17:55:03

Il y a exactement huit jours,
rappelez-vous, nous avons laissé Sjoerd Olinga et Sally dans un
appartement forestois où le peintre frison avait trouvé refuge,
fuyant (bien à tort) la police montoise, demandant à Sally de le
rejoindre avec le sac où se trouvaient ses affaires à lui, dont un
mystérieux paquet dont le moins doué aura déjà compris qu’il
emballait une poudre blanche pour les nuits de la même couleur.
Suivie à la trace par le capitaine Marc Denfert, de la police
parisienne, lui-même ayant dans la roue un sien ami, Jean-François
Aubert, journaliste du même lieu, Sally avait abandonné le sac à
la station de métro Horta en ayant soin d’avoir empoché le fameux
paquet. Denfert se croyait roulé dans la farine quand il vit passer
la jeune femme dans la rue. Il avait récupéré le sac (un Eastpak
rouge plutôt voyant) mais avait dû se rendre à l’évidence :
la drogue la plus dure qu’on y trouvait était du dentifrice pour
dents sensibles. Il fit mine d’être un habitant de la résidence où
s’engouffra la jeune femme et localisa habilement l’appartement où
elle était entrée.

Pendant ce temps-là, à l’intérieur
de l’appartement, Sally intimait l’ordre formel et militaire à
Sjoerd Olinga de lui dire la vérité, toute la vérité, rien que la
vérité.

« Je dois échanger ça contre un
gros paquet de fric ce soir », commença le grand Frison. « Et
ça, c’est quoi, ça ? », interrompit la jeune Anglaise.
« De la coke », admit-il. « Je me doutais bien que
ce n’était pas du sucre en poudre », ricana-t-elle. Sjoerd
Olinga pensa qu’elle parlait comme dans un roman de gare mais admira
le panache qu’elle manifestait. « Je suis dans de sales draps,
à cause de toi », constata-t-elle. « Ouais, ce serait
dur de ne pas te prendre pour ma complice… », reprit-il en
essayant de pousser son avantage : « Mais il n’y a pas de
risque. Et si tu veux bien m’aider, je te jure que ce sera la seule
et unique fois. Moi j’en ai marre de tout ce truc. Je vais arrêter,
ça devient trop dangereux. ».

Il raconta sa misère, la coke facile
des soirées interlopes, son envie de peindre, le goût de l’argent.
Pris d’une soudaine sincérité, il avoua même qu’il en avait assez
de vivre un peu trop aux crochets des femmes. « Je t’ai prise
pour une cruche, à Amsterdam. Mais comme je me suis trompé !
Tu es drôlement délurée. Et puis… Zut, autant te le dire. J’ai
bien peur d’être tombé amoureux de toi. »

Il l’attira près d’elle. Mais un
voyant d’alarme s’était allumé dans un recoin cérébral de la
jeune femme : « Je crois surtout, moi, que tu as besoin de
moi, à présent, et que tu me sers un discours de midinette ! ».

Cela, c’était donc mardi passé. Et le
soir, alors que le feu d’artifice de la fête nationale faisait
éclater ses fusées dans un ciel miraculeusement dégagé (Dieu est
belge, probablement), une jeune femme en imperméable s’approcha d’un
homme en imperméable et dit : « J’aimais beaucoup la
dernière, la toute blanche ». Elle s’entendit répondre :
« Tout cela doit valoir cher ». Deux paquets
s’échangèrent tellement furtivement que le capitaine Denfert ne
s’en aperçut pas. Dans sa poche, elle avait vingt billets de cinq
cents euros. Quand elle quitta les lieux, un policier moustachu se
dressa devant elle et lui dit : « Police. Vos papiers,
s’il vous plaît ».

Durant toute cette semaine, John et
Mélinée ont circulé un peu partout en France. Mélinée est en
vacances jusqu’au lundi 3. Ils ont bien le temps. On va les laisser
tranquilles mais ils ne sont pas au bout de leurs peines. Ils viennent
d’envoyer à la grand-mère de John une gentille carte postale. John
a l’idée romantique qu’ils pourraient se marier à la mairie de
Honfleur. Mélinée tient pour celle du XIXème arrondissement.
L’ange Kalil écoute leur conversation avec ravissement.

(à suivre) et à demain (avec la
suite)



Où sont rangés la couronne, le sceptre et le globe?

Juillet Posted on 28 Jul, 2015 21:52:21

Bien sûr, vous ignorez qui est Charles
III dit le Simple, sauf si le hasard de la vie vous a fait faire des
études d’histoire (c’est mon cas). Il est même possible que vous
vous en fichiez complètement. J’avais quant à moi le souvenir d’un
roi carolingien assez négociateur, régnant au début du Xème
siècle et signataire d’un traité importantissime qui a eu de
grandes conséquences dans l’histoire de France : le traité de
Saint-Clair-sur-Epte, signé en 911 avec Rollon, fait duc de
Normandie pour la circonstance et vassal du roi. L’époque était
troublée et des luttes incessantes allaient opposer, ce siècle-là,
les Robertiens aux Carolingiens pour le trône de ce qui s’appelait
presque la France (on disait encore Francie occidentale). Les
Robertiens, avec Hugues Capet, finirent par l’emporter et évincèrent
les Carolingiens (comme ceux-ci, mais bon, je ne dis pas du mal de
cette ô combien glorieuse famille, vous allez apprendre pourquoi, avaient déposé
gentiment les Mérovingiens).

Que vient faire ceci dans 2015, je vous
le demande un peu ? Eh bien cela me concerne directement, car je
suis un descendant en ligne directe de Charles III le Simple, la
35ème génération, pour être précis. Je suis donc un Carolingien,
arrière-etc-arrière-petit-fils de Charlemagne. J’avoue que quand
j’ai appris ça, et sans ménagement, mon cœur républicain en a
pris un coup. « Ah, m’a dit Dominique, laquelle est ma sœur et
occupe sa retraite héraultaise en dressant la généalogie de la
famille, mais ce n’est pas ce que tu crois ! Nous, les Rebuffat,
ceux du Midi, et les familles apparentées, nous sommes meuniers,
paysans, artisans… Non, c’est du côté de Maman ! ». Il
faut savoir que ma mère ne mesurait qu’un bon mètre cinquante, où
diable sont passés les chromosomes de Charlemagne ? Et que son
père, mon grand-père maternel donc, avait commencé à travailler à
l’âge de neuf ans, étudiant le soir pour décrocher un diplôme de
comptabilité qui lui valut une belle carrière dans les papeteries
qui pullulaient dans le Brabant wallon… Oui mais en remontant sans
difficulté considérable la marche des siècles, Dominique était
déjà tombée sur un seigneur, un vrai, un puissant. Grandeur et
décadence… Et voilà, c’est la fille – enfin l’une d’entre
elles, il a eu trois femmes, notre aïeul – de Charles III, Alpais
Adélaïde, qui épousa un de nos futurs ancêtres maternels.

Calmons nos ardeurs : j’avais
entendu dire que 20 % des Ouest-Européens avaient Charlemagne dans
leur famille. Que veut dire tout cela ? Que nous sommes tous
frères, littéralement, et que les puissants d’un jour ne le
resteront pas toujours. Et quand on regarde la carte qui illustre ce
billet, on voit d’où viennent nos ancêtres, enfin du moins ceux que
le zèle de Dominique a débusqués, mais il reste beaucoup à
déchiffrer, notamment du côté allemand. Les frontières, vraiment,
pèsent peu, pourrait-on s’en souvenir en ces temps où les
nationalismes resurgissent ?

N’empêche : les Capétiens nous
ayant volé notre trône, j’éprouve une jubilation perverse à
constater que Louis Capet a été raccourci le 21 janvier 1793 par
décision de la Convention nationale au terme d’un procès dont on a
gardé tous les actes. Vive la République !

Bref, vous l’avez compris, le roi n’est
pas mon cousin, mais mon aïeul.

« …Euh, en fait si, rajoute
Dominique au téléphone. Nous sommes cousins au 55ème degré du roi
Philippe par l’intermédiaire de… ». Là, j’ai arrêté
d’écouter. Je préfère descendre de Charlemagne, na. Mais quelle
famille n’a pas ses mésalliances ?

À demain.



Nostalgie automobile

Juillet Posted on 27 Jul, 2015 18:29:17

Je lis un peu partout que c’est le
vingt-cinquième anniversaire de la fin de la production de la 2 CV
Citroën. Ayant eu deux 2 CV, je me sens en droit de prendre la
parole à cet égard. Mais vous allez voir : ce n’est pas le
plus beau de mon histoire.

Ma première deuche était une occasion
à 10.000 francs belges que ma mère m’acheta en septembre 1965. Je
venais d’avoir tout juste 18 ans (oui, merci, Dalida, ce n’est pas de
ça que je voulais parler) et je venais de réussir ma première
année en chimie à l’Université libre de Bruxelles. À l’époque,
nul permis n’était requis en Belgique pour conduire ; il
suffisait d’avoir 18 ans. Cette antique 2 CV avait cinq ou six ans et
85.000 km, une couleur beige rose assez moche, des essuie-glaces à
entraînement mécanique, des portières qui s’ouvraient en ailes de
papillon et des vitres avant qui se fermaient inopinément quand on
claquait la portière, en l’empoignant naturellement à l’endroit
précis où la vitre s’abattait incroyablement vite.

Elle développait la puissance
terrifiante de 13 chevaux SAE et par vent nul atteignait la vitesse
de pointe de 87 km/h.

En partant un vendredi soir en
éclaireur à Nieuport, où mes parents avaient acheté un
appartement sur la digue, je dus affronter une tempête de
nord-nord-ouest qui soufflait exactement dans le sens opposé à ma
pauvre et fourbue deux pattes. Pied au plancher, la bestiole arrivait
à maintenir un petit 60 km/h au compteur. Quand une rafale plus
violente que les autres me ralentissait, je rétrogradais en
troisième ; le moteur hurlait, dans son claquement
caractéristique de l’espèce, et les essuie-glaces en profitaient
pour tourner comme des dingues, puisqu’ils étaient à entraînement
mécanique: plus vite tournait le moteur, plus vite tournaient les essuie-glaces. C’était pratique, car durant le temps nécessaire pour
passer de 55 à 60, j’y voyais un peu. Jusqu’au moment où
l’essuie-glace de gauche s’envola, paf, comme ça, sans prévenir,
bientôt suivi par l’autre, probablement poussé au suicide par son veuvage inopiné. Je dus alors – vous comprenez à présent
pourquoi je vous ai asséné tous ces détails techniques –
entrouvrir la portière du conducteur et, la tête noyée par les
embruns du large et des bagnoles qui toutes me doublaient, conduire
en tenant la portière, vigie et pilote du vaisseau en perdition. Il
me fallut une heure trente-huit pour faire Bruxelles-Ostende. Arrivé
à la reine des plages, la tempête, devant ma ténacité, diminua
d’un cran et le vent soufflant de travers, je pus refermer la
portière et arriver enfin à Nieuport où je fus bien content de garer ma
voiture (ignorant encore que le lendemain, elle ne voudrait plus
repartir du tout).

Il y avait heureusement un garagiste
Simca à Nieuport-ville où mon père, qui avait acheté une Simca
1500 quelques mois avant sa mort après avoir eu une Ariane, faisait
toujours l’entretien ; il vint dépanner la deuche et la retapa
pour trois fois rien.

Comme déjà je gagnais des sous,
l’idée me vint d’échanger contre elle-même et 44.000 francs ma
biquette contre une 2 CV de course neuve : une Azam 6. Je m’embourgeoisais, déjà. Nous
étions en 1966 et il y avait une usine Citroën à Forest où l’on
montait une version belge de la 2 CV avec le moteur de l’Ami 6. Ce
bolide avait trois vitres latérales, des essuie-glaces électriques
(avec même un lave-glace), des portières s’ouvrant de façon
moderne et des petites sécurités qui empêchaient la demi-vitre
avant de retomber quand on claquait la porte. La mienne était blanc
Carrare avec des sièges verts et une plaque de protection de carter
dite « Sahara ». Oui, un vrai SUV avant l’heure, cette
Azam 6, qui passait partout en dodelinant et qui prenait de la gîte
à chaque virage… Je ne vous dis même pas le tangage et le roulis
qui pouvaient naître lorsque l’idée idiote, faute de chambre
d’hôtel, pouvait me prendre de… (mais c’est une autre histoire et
ce n’était pas avec Dalida).

Je ne l’ai gardée qu’un an. La berme
centrale du tunnel Botanique, fraîchement installée, se chargea de
transformer mon bolide en avion ; la roue gauche frôla la
berme, se bloqua, et l’Azam 6 fit ce qui même pour un bateau est
rare : sancir, c’est-à-dire chavirer cul par dessus tête. Renvoyée par le plafond du tunnel, elle
s’arrêta sur ses roues, voilées, le moteur tournant rond (il y
avait un embrayage centrifuge). Je n’avais pas une égratignure.
C’est au volant que j’amenai ma pauvre bagnole, aplatie mais capable
encore de rouler, au centre Martini où j’étais supposé finir de
m’éthyliser. Et le lendemain… La tête du réceptionniste de chez
Richard quand j’ai amené l’épave, brinquebalante, en clamant :
« C’est pour une vidange ! ».

Je suis ensuite passé chez Renault. La
4 L avait aussi son charme. Moins au niveau du moelleux de la
suspension quand, faute de chambre d’hôtel,…

À demain.

La photo est piquée d’un des nombreux
sites à la gloire de la 2 CV. C’était la même que la mienne.

Et le feuilleton ? Deux épisodes
en préparation. Un peu de patience !

(à suivre)



Pensées noires

Juillet Posted on 26 Jul, 2015 23:18:30

Je suis triste et inquiet ce soir.
Je retrouve ce quadrupède auquel j’oppose cette rose blanche comme un antidote.

Éternité

Mais à choisir
Ne pas mourir
Dans son sommeil

Voir arriver
L’éternité
Depuis la veille

Se préparer
Au néant gai
Adieu les choses

Adieu les gens
Soyez contents
Je me repose.

A demain.



La théorie de l’animal heureux

Juillet Posted on 25 Jul, 2015 22:28:15

Manger des fleurs est un acte que beaucoup ne font qu’avec disons
une certaine répugnance. Comme si seuls les fruits étaient dignes
de consommation. Peut-être y a-t-il une crainte atavique de
l’empoisonnement ?

Beaucoup de fleurs cependant sont comestibles mais attention, ne
faites pas comme ces Hollandais qui essayèrent de frire des oignons
de tulipe…

Une des fleurs les plus délicieuses à dévorer, pour l’instant,
c’est la fleur de courgette, que vous pouvez délicatement farcir
d’une ratatouille. Mais il y en a bien d’autres. Je me souviens d’un
restaurant, à Morlaix, qui s’en était fait une spécialité. Le
chef essayait toujours de joindre des fleurs comestibles à ses
plats. C’était parfois surtout décoratif, mais parfois aussi,
c’était délicieux. La photo vous montre une assiette composée
uniquement de produits du jardin. J’aime tout particulièrement la
capucine.

Ne me prenez pas, en revanche, pour un végétarien. J’aime la
viande et à celles et ceux qui protestent contre l’ingestion
d’animaux (morts ou vifs, on mange l’huître vivante, non?) par amour
de la nature, je pose la question : « Et vous qui tenez
tant aux animaux, et qui refusez par exemple de manger une côte de
bœuf, cela ne vous gêne-t-il pas de les priver de nourriture en
manger vous-mêmes la leur ? ». Et à celles et ceux qui
me disent qu’il faut cent cinquante litres d’eau pour un kilo de
viande, je rétorque qu’une bouteille de vin devrait suffire avec un
kilo de viande… accompagnée d’une bonne salade.

Là où je partage néanmoins certaines objections, c’est que la
production industrielle de viande sans saveur n’a pas énormément
d’intérêt. Connaissez-vous la théorie de l’animal heureux ?
Une de mes connaissances mange de la viande quand ça lui chante,
soit peu souvent, mais en y consacrant un budget rondelet, car elle
ne veut acheter que de la viande venant d’animaux qui ont eu une vie
réelle avant leur sacrifice. Elle a raison : cette viande est
bien meilleure.

Je vous laisse, la salade est prête, et j’ai faim. À demain.



Les petits hommes verts

Juillet Posted on 24 Jul, 2015 21:46:02

Je ne sais pas pourquoi l’homme aime tant s’imaginer qu’il doit bien y avoir quelque part dans le vaste univers, lequel se distend à toute vapeur, si j’ose écrire, une autre planète suffisamment semblable à la nôtre pour que la vie y existe – une vie, cela va sans dire, comparable à celle que nous connaissons ici, avec à la limite des petits hommes verts un tout petit peu différents. Notez que je fais partie du lot (pas des petits hommes verts): moi aussi, je rêve.
Imaginez que la vie existe sur Kepler 452b, comme on nous en bassine depuis quelques heures. Elle est à 1.400 années-lumière d’ici. Imaginez encore que voici environ 12.000 ans, nos ancêtres aient expédiés, du haut de la plus haute tour de leurs premiers villages sédentaires, un petit coucou aux Képleriens.
Le dialogue suivant s’installe.
– Coucou! Ici la Terre.
– Ah, salut! Ici Képler 452b. Quel temps, chez vous?
– Ben ces derniers siècles, plutôt glacial.
– Ah non, chez nous ça chauffe, et même un peu trop.
– Vous n’avez pas l’air conditionné?
– Ben vous ne l’avez pas encore inventé non plus.
– Tiens c’est vrai. Et à part ça?
– Bah… Rien de spécial. Mais ici c’est assez sympa, vous devriez venir voir.
Hélas, ce message est en route. Il arrivera dans environ 600 ans.
Comprenez-moi bien quand je vous dis à demain…



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