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2015

Une année en 365 tranches

Le défi: parler chaque jour de quelque chose sans tomber dans mon nombril, le lieu commun ou le journalisme (résultat non garanti). Quelque chose qui peut être presque rien ou un événement faisant la une.
Si vous voulez en savoir plus sur moi, je vous conseille de lire ceci.
Textes et illustrations, sauf avis contraire, sont © Jean Rebuffat, Bruxelles, 2014-2015

Une pensée en passant au milieu

Juin Posted on 30 Jun, 2015 18:15:25

Voici donc le dernier jour du mois de juin. Vous en déduisez que nous sommes au milieu de l’année. Grossière erreur! Si j’enlève l’avant-propos de cette site dédié à 2015 écrit en 2014, et qui porte le numéro zéro, que constatez-vous? Que ceci va être le 181ème billet. La seconde moitié de l’année va être bien plus longue que la première… Le 183ème billet sera écrit, pour peu qu’il ne m’arrive pas malheur d’ici là, dans deux jours, soit le 2 juillet, qui se trouve être le jour médian de l’année.
Je maintiens donc qu’il n’y a aucune raison valable pour qu’on ne donne que 28 jours à février. Si février avait 30 jours, comme un petit mois normal, eh bien nous serions vraiment au milieu de l’année. Sept mois à 30 jours et cinq à 31, il suffirait de raccourcir octobre et décembre pour compenser, et l’on aurait plus cette fichue Saint-Sylvestre qui est le seul saint du calendrier dont tout le monde connaît la date… Les réveillons ne tomberaient plus systématiquement le même jour, sauf les années bissextiles, où l’on rajouterait un 31 décembre (pour ne pas trop peiner les millions de Sylvestre qui peuplent le monde).
J’entends déjà les esprits spécieux dire que tout cela est calculé pour ne pas trimballer les saisons n’importe où. L’été est plus long que l’hiver. Mais bon, moi ça ne me choquerait pas que les solstices et les équinoxes, qui se promènent au plus près du 21 mais qui n’y arrivent pas toujours, manifestent un peu plus de fantaisie… Ceci d’autant que 2015 sera plus long que 2014, puisque l’on va y ajouter une seconde, comme ça, hop, pour remettre nos montres à l’heure à cause des irrégularités de la rotation terrestre. Minime, j’en conviens, quand on pense à 2016, qui aura bien un 29 février, mais pas un 30. Seul mon camarade Luc Delfosse ose titrer un roman “Impasse du 30 février”. (Publicité gratuite.)
A demain encore dans la première moitié de l’année en jours et la deuxième en mois.



La canicule est en avance

Juin Posted on 29 Jun, 2015 17:05:44

Je vous offre un verre? Ne me passez pas un savon: ce bar de la Marine ne fait aucune allusion à une femme politique française de mauvais aloi; c’est celui de Pagnol, à l’arrivée du ferry boâte, à Marseille.
Que prendrez-vous? Non, pas un ouzo pour soutenir le peuple grec, ici, ça s’appelle du pastis. Une dose de pastis pour cinq doses d’eau, c’est bien connu. Un petit blanc? (Encore une fois, pas d’esprit mal tourné, s’il vous plaît.) Une bière? Ah, un Perrier, peut-être? Une Suze? Un Ricqlès menthe? Une limonade? Un Orangina?
Comment ça, toute une bouteille de rosé? Il faut toujours que vous exagériez! Enfin, si ça vous fait plaisir…
Quant à moi, veuillez m’excuser, mais je m’éclipse: j’ai rendez-vous ici-même pour jouer une partie de cartes avec de vieux copains.
A demain!



Les dix-huit gouttes

Juin Posted on 28 Jun, 2015 23:13:37

Mon père prétendait très justement – j’ai répété des milliers de fois cette expérience – que lorsqu’une bouteille de vin semblait vide, elle contenait encore en réalité au moins dix-huit gouttes. Il était docteur en chimie, j’aurais pu le croire, mais il m’avait aussi inculqué l’esprit critique et le sens de la preuve scientifique.
Dix-huit gouttes. Tout à l’heure, à table, au restaurant, ce n’était pas du beaujolais nouveau, mais un excellent vin de La Clape, et la démonstration a à nouveau été concluante. Dix-huit gouttes, certes, ne font pas un verre mais l’intérêt de cette marotte, c’est qu’elle me fait penser à mon père. J’ajoute en général que c’est son apport principal à la science, ce qui le ferait bien rigoler.
Mais son regard deviendrait sombre et grondeur si je renversais l’une de ces précieuses dix-huit gouttes sur la nappe, ce que ma maladresse naturelle me pousse parfois à faire. En effet, à quoi bon être aussi rigoureux si c’est pour perdre le résultat du miracle sur un bout de tissu? La science, c’est du sérieux.
Je finis mon verre et je vous dis à demain.



L’heure du fantôme

Juin Posted on 27 Jun, 2015 23:25:44

J’attends minuit. Je sens que ce soir un fantôme va surgir et venir me tirer les orteils. C’est comme ça, avec les fantômes. On ne peut pas leur faire confiance. ils vous promettent de vous laisser en paix et soudain, sans même revêtir un drap blanc ou faire retentir un bruit de chaînes, il y en a un qui survient et vous ne savez même pas pourquoi.
Les fantômes sont-ils bienveillants? Farceurs? Ou simples ectoplasmes de votre mauvaise conscience?
Quoi qu’il en soit, personnellement, je ne les reconnais jamais. Je rêve de gens connus et inconnus mais ils sont précis, ils existent même si je les invente. Les fantômes? Juste un sentiment diffus, une angoisse, une inquiétude, un moment de trouble. Ils vous font croire que vous êtes coupable – mais de quoi, bon sang, sinon de vivre?
Je mets en ligne et je vous souhaite une bonne nuit. À demain.



Un avant-goût des vacances

Juin Posted on 26 Jun, 2015 21:48:36

C’est l’affaire de la fin de semaine. Voici les vacances! Pendant qu’en Tunisie, l’intolérance meurtrière montre ce qu’elles peuvent être, on boucle les valises, on jette un coup d’œil rapide sur le bulletin des enfants et en route…
Je fais court, aujourd’hui, court comme les vies trop courtes et les vacances trop courtes. Mais aussi tragique soit-il, le monde m’amuse. En déplacement, je guette toujours les rencontres amusantes, les affiches bizarres, le triomphe de l’insolite – et parfois, je l’accorde, cela frise le mauvais goût.
Bon appétit et à demain.



Le vaisseau qui a coulé Kalil

Juin Posted on 25 Jun, 2015 19:12:20

Je rentre des funérailles de Kalil. J’y reviens tout à l’heure, le temps de respirer puis d’écrire. Sachez déjà que Kalil n’est pas mort de l’accident de voiture que l’on croyait: il a bien eu un accident, mais il était déjà mort, au volant, d’une brutale rupture d’anévrisme. C’est ce que l’autopsie pratiquée en Belgique a révélé.

Voilà ce qu’Ariane, la maman de Kalil, m’a dit quand je suis arrivé pour la cérémonie funèbre, au crématorium d’Uccle. J’ai pris ça presque comme une bonne nouvelle. Kalil n’a rien fait, commis aucune imprudence, tenté aucun défi qui a entraîné sa mort. Il est mort soudainement, sans préavis, comme ça, parce qu’un destin injuste avait placé un défaut dans un vaisseau. Il avait dix-neuf ans et vingt-cinq jours. Ariane se console en pensant que son fils est mort heureux de l’avenir qui s’ouvrait: il avait réussi les tests nécessaires, tant sportifs qu’intellectuels, et en août, s’apprêtait à rejoindre Oakland et l’équipe de football de cette université où il entamerait des études.
Et puis toute sa courte vie est repassée en photos sur l’écran et en paroles dans la salle bondée. Né à Paris, mort en Californie, ayant surtout vécu à Bruxelles. Au téléphone, il y a quelques semaines, à son père qui depuis Paris lui demandait quel temps il faisait là-bas, il avait répondu: “Il fait belge”. Un portrait cohérent: c’était bien cet ado-là que j’avais connu à la fin de l’enfance, déconneur et inquiet, positif, souvent joyeux et parfois mélancolique, mais toujours soucieux de bien faire et dont le sourire était l’un des plus radieux qui puissent être.
Autour du cercueil, ses meilleurs amis, droits, en larmes, hiératiques, formaient une garde prétorienne pour un empereur absent. Parmi eux mes fils et Ernest, qui rappelle que c’est chez moi qu’il avait appris à connaître Kalil et tous ces souvenirs qui sont à la fois beaux et terribles, si proches et révolus à jamais, deviennent insoutenables. Bien sûr, j’ai vu mes deux plus jeunes fils grandir, je savais bien que tous ces moments n’avaient qu’un temps, je les gardais en forme de souvenirs pour les ressortir avec eux, plus tard… mais Kalil ne sera plus jamais là pour évoquer ces années. Il avait demandé, si jamais il lui arrivait quelque chose, qu’on mélange ses cendres à de la terre et qu’on y plante un arbre.
“Je suis sûr à 300% que tu ne connais pas et que tu ne connaîtras jamais un autre Kalil sans h”, avait-il dit à une camarade de son club d’athlétisme. “Tu vois, je suis unique.”
Quand je pense au nombre de fois où j’ai dû lui dire ces deux mots que je vous écris chaque jour, à demain…



Incipit

Juin Posted on 24 Jun, 2015 20:24:20

Pourquoi
les contes de fée commencent-ils toujours par « il était une
fois… » ? Je n’en sais rien. La première phrase d’un
récit, m’a-t-on toujours dit, est importantissime. J’ai découvert
ça en lisant la préface d’un livre, j’ai oublié lequel
précisément, un roman russe, me semble-t-il, qui commençait par
cette phrase : « Contrairement à toute attente, Machin
décida de passer l’hiver à tel endroit ». Comme vous voyez,
je ne me souviens que des quatre premiers mots, mais le commentaire
m’apparaissait hallucinant. Il couvrait l’auteur de louanges car
grâce à cette attaque géniale, « contrairement à toute
attente », on savait déjà plein de choses sur le héros.

Avouez
qu’il y a de quoi se coucher de bonne heure, et longtemps…

On
me citait aussi Salammbô, avec son faubourg de Carthage,
qu’aujourd’hui encore je tiens pour la seule faiblesse de Flaubert
(même pas un alexandrin : un hémistiche puis cinq pieds –
sauf si on prononce le e muet final de Carthage – puis sept avec
ces jardins d’Hamilcar. Pourtant c’est vrai qu’un bon début, ça
accroche. Mais je suis déformé professionnellement, habitué à
trouver une chute tranchante à mes articles, à terminer en force,
avec le maximum de brio (enfin, possible), pour laisser une bonne
impression finale, probablement (les journalistes sont vaniteux).

C’est
même pour ça qu’aujourd’hui, j’ai décidé de terminer ce billet,
dans l’espoir de trouver demain un début tonitruant, d’une dernière
phrase nulle.



Insomnie

Juin Posted on 23 Jun, 2015 19:14:14

Ah, il y avait longtemps, non? Je vous mets un petit quadrupède. Je vous signale aussi que cette photo de nuit a été faite à Luxembourg. C’est la fête nationale, aujourd’hui, au Grand-Duché.


Insomnie

Un dieu très vieux
Mange mes yeux
Cruel autel

Dernier hôtel
La ville dort
Le monde est mort

Mon logiciel
Né à Ixelles
Bogue un peu trop

J’ai trop de mots
Mais pas assez
Pour mes pensées

Mes rêves seuls
Hors du linceul
Me font sortir

Il faut dormir
Ah mais voilà
Je ne dors pas.

À demain.



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