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2015

Une année en 365 tranches

Le défi: parler chaque jour de quelque chose sans tomber dans mon nombril, le lieu commun ou le journalisme (résultat non garanti). Quelque chose qui peut être presque rien ou un événement faisant la une.
Si vous voulez en savoir plus sur moi, je vous conseille de lire ceci.
Textes et illustrations, sauf avis contraire, sont © Jean Rebuffat, Bruxelles, 2014-2015

Solitude

Mai Posted on 31 May, 2015 17:43:16

Ce dimanche, Mélinée a déjeuné seule. Toujours sans la moindre nouvelle de John, elle lui a envoyé, sans le moindre commentaire, cette photo prise dans le café de la place de Clichy où elle attendait quelqu’un qui ne viendrait pas, puisqu’il s’agissait de la cousine de John. Elle s’est décommandée à la dernière seconde: “J’avais oublié que c’était la fête des mères. Ce soir?”

Mélinée lui a répondu que non: “Ce soir c’est moi qui fête ma mère”. Elle irait chez ses parents, en effet, et elle avait fixé le repas au soir pour avoir du temps pour John.

Il pleuvait. Elle était mouillée. Elle s’était promenée un petit peu, désœuvrée, dans les Batignolles. Marcher, pour elle, est un remède. Elle était en avance. Puis elle s’était assise tout au fond de la salle et le texto était arrivé.

Depuis une semaine, elle retournait le problème dans sa tête. Ce n’était pas la première fois qu’elle était confrontée à une rupture, certes, mais celle-ci lui faisait mal. Elle aurait dû se taire! Il ne s’était rien passé, elle n’était pas tombée enceinte – ce que d’un côté, elle regrettait à présent, car elle avait été sincère: elle avait envie d’un enfant et s’il était de John, au moins, toute sa vie durant il aurait été avec elle par ricochet… Il lui avait dit qu’il se manifesterait. Mais rien. Pas un coup de fil, pas un message, pas une lettre. Elle s’était juré de ne pas craquer mais une impulsion l’avait poussée à expédier la photo à John. Qu’allait-il en déduire? Que la vie continuait sans lui? Que les sièges vides à l’avant-plan indiquaient au contraire combien il était absent? Qu’elle ne pouvait pas s’empêcher de penser à lui? Qu’elle insistait? Elle avait peur d’être inopportune et en même temps, elle se disait que c’était au moins la preuve qu’elle n’était pas, elle, dans l’indifférence… Ou alors, se dit-elle en avalant la dernière bouchée de son tartare, tout cela ne contribuait-il pas à accroître ce non-dit, cette façon de ne pas affronter les problèmes de leur relation LAT, comme disait John (l’acronyme était celui de Living Away Together), qui en était peut-être morte?

Peut-être… C’est qu’elle espérait encore. On dirigea vers la table voisine deux types, un bellâtre blond (qui n’était pas mal, tout de même) et un petit frisé dont les origines arabes ne faisaient pas de doute. Mais le petit frisé, qui semblait fâché, asséna une sentence définitive au grand blond: “Je te répète que ce que tu proposes est dangereux et que je ne marche pas”. Il se leva et ajouta: “Je me casse. On n’a jamais parlé de ça. C’est tout ce que je peux faire pour toi, Cheurde!”.

Mélinée demanda l’addition. Il lui restait encore un fond de bière. Le garçon en profita pour prendre la commande de son voisin. Celui-ci demanda à Mélinée si la bière qu’elle buvait était bien de la Brooklyn. Elle hocha la tête. Il allait prendre ça, alors, et elle, pouvait-il lui en offrir une? “Est-ce que j’ai une tête à me faire draguer?”, cala Mélinée. “Excusez-moi, dit le blond. Je ne suis pas un dragueur de restaurant. Permettez-moi de me présenter. Je m’appelle Sjoerd Olinga.”

(à suivre)



Trahi par la technique

Mai Posted on 30 May, 2015 19:20:46

Bonsoir chers lecteurs et chères lectrices. Ceci est un message d’attente dû à un problème de wi-fi. Je reviens dès que possible ce soir.

Voilà. Je reviens. C’est rétabli. Mais j’ai bien cru ce soir que je n’arriverais pas à publier ce billet quotidien – c’est un défi, il faut le relever, mais c’est une source de stress quand soudain quelque chose foire qui rend l’emploi du temps déjà très chargé en torture. Ma tablette, je ne sais pas pourquoi, a parfois du mal à se brancher à certains modems à certains moments. Ne me demandez pas pourquoi ni lesquels mais c’est comme ça. Et puis quand j’y suis enfin, c’est le modem de l’hôtel qui prend congé…

Cela m’a fait penser à la faiblesse de nos civilisations sophistiquées. Sans électricité, chez moi, je n’ai plus rien: pas moyen de cuire un œuf, pas moyen de téléphoner, pas moyen de me chauffer, plus d’internet, plus de lumière non plus évidemment! Seul le téléphone portable me relie encore au reste de l’humanité. Et quand j’ai enfin mis la main sur les bougies, où diable ai-je rangé les allumettes, qui ne servent jamais?

J’ai lu quelque part que plus une civilisation était avancée, techniquement, et moins elle laisserait de traces palpables si elle disparaissait. Je n’y crois pas trop; ce sont des élucubrations de tenants des soucoupes volantes. Mais comme tout cela est versatile! Non, je ne rêve pas d’une bergerie sur le Larzac, retour au XIXème, pas d’électricité et pas d’eau courante… Bien sûr, dans ces conditions, on est sûr d’une chose: il ne peut rien arriver. On ne risque même pas de se rendre compte que l’installation électrique n’est pas reliée à la terre, comme chez Belgocontrol: il n’y en a pas.

Et là même le portable est muet: hors zone.

A demain (si le diable ne s’en mêle pas) avec la suite du feuilleton (là, le diable s’en est mêlé).



La promenade de Mélinée

Mai Posted on 29 May, 2015 17:54:16

Mélinée est triste ce vendredi à l’approche du week-end. Elle est sans la moindre nouvelle de John et elle n’ose pas le relancer. Hier elle a longuement marché, après la manif qui l’avait amenée rue Saint-Jacques, dans ce Quartier latin qu’elle ne fréquentait plus qu’épisodiquement. Elle avait congé. Elle voulait réfléchir. Elle prolongea la promenade sur les bords de Seine. En voyant la Conciergerie, elle se sentit condamnée à mort. Que faisait John pendant ce temps? L’avantage de l’auteur, c’est qu’à défaut de le savoir, il doit l’inventer.

(à suivre) et à demain…



Je t’embrasse ou je t’emmerde

Mai Posted on 28 May, 2015 18:07:56

La saisie
automatique de mon téléphone portable est assez amusante et nécessite une
attention extrême. Non seulement l’écran tactile n’est pas d’une précision
remarquable (ou alors, sont-ce mes doigts qui sont trop gros et trop patauds ?)
mais encore quand je me décide à envoyer quelque message à un être aimé, je
risque de me brouiller à vie avec l’être en question.

Ah, un
échange de textos, c’est un peu comme le télégramme d’Yves Montand et de Simone
Signoret… Mais il arrive un moment où il faut bien conclure. Vous êtes dans une
chambre d’hôtel au loin (enfin, plus ou moins) et vous voulez écrire : « Je
t’embrasse ». Y a-t-il rien de plus simple et rien de plus gentil ?
Alors vous tapez le j, qui se met en majuscule, J donc, puis e. Un espace. Puis
t’, puis vous entamez le dernier mot, naturellement par le e suivi du m, et que
vous propose cette sale bête ? Elle vous incite à expédier un je t’em’ qui
me semble bien phonétique, mais elle a deux propositions en réserve : la
première c’est la bonne, Je t’embrasse, mais l’autre, c’est Je t’emmerde.
Certes quand j’ai acheté ce téléphone, Alcatel était encore pleinement
français, mais est-ce une raison pour être aussi grossier d’abord, aussi
dangereux ensuite ?

Imaginez-vous
fébrile, dans la chambre d’hôtel. Un coup de pouce malencontreux et c’est la
catastrophe. On a vu de belles histoires d’amour mourir pour moins que ça.

À demain.



Le triomphe des larves

Mai Posted on 27 May, 2015 16:27:54

Le mot simple ne rime avec aucun autre mot. Tout comme triomphe,
quatorze, quinze, pauvre, meurtre, monstre, belge, goinfre ou larve.
Voilà une phrase lue tout à l’heure qui m’inspire, surtout ce
monstre belge, goinfre ou larve. Certains d’ailleurs se demandent
très sincèrement à quoi ça rime d’être belge…

Évidemment on peut tricher : il suffit de mettre un trait
d’union au bon endroit, comme Gainsbourg avec ses ex-plications. Cela
devient même sim-ple car les rimes en sein ne manquent pas (la
poésie est érogène). Mais

Le jeune mec en Triumph
Va de triomphe en triomphe
Il en est
à presque quinze
Avec l’héritière Heinz

résout déjà une partie du problème qui de surcroît ravira le
goinfre, non ?

L’accent chinois de caricature peut aider.

Le goinfle belge
Avale en masse
Des cannebelges
Dans une
tasse.

Cette larve attirait les goin-
Fres qui en prenaient très
grand soin.
L’été sera chaud en Algarve
Avec tous les
mangeurs de larves !

Tentons le monstre.

Job était pauvre
Mais moins que Sauvre
C’était un
monstre
Que le vieux Ronstre
Quant à Quatorze
Et ses
écorces…

Bon j’arrête, là il faut prendre l’accent bruxellois et inventer
des noms de famille bidon, ça fait beaucoup. Il me reste juste à
commettre un meurtre mais ça ce serait plutôt du domaine du
feuilleton. Le meurtrier le plus probable me semble être Sjoerd
Olinga, mais ce serait trop facile. Harry pourrait très bien
étrangler Sally dans une crise de jalousie. Mais peut-être William
E. Thumble est-il un tueur à gages. Ou alors il me faut un nouveau
personnage. Un pauvre goinfre belge qui commettrait des meurtres pour
quatorze ou quinze euros, c’est simple. J’ai le titre : « Le
triomphe des larves ».

(à suivre) et à demain.



60+7+3+6+51+60=2

Mai Posted on 26 May, 2015 17:50:47

Ma fille uniquépréférée exerce de hautes fonctions dans
l’administration de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Enfin
quelqu’un de sérieux dans cette famille de fous ! direz-vous.
Enfin quelqu’un de responsable, de compétent et d’irréprochable
dans cet assemblage de brillants zozos, de joyeux pitres et de doux
énergumènes, ajouterez-vous peut-être même (surtout si vous nous
connaissez bien). Certes, quand on entre dans son bureau (j’ai dû
attendre 55 ans pour en avoir un aussi grand à moi tout seul),
est-on aussitôt frappé par quelques détails inquiétants, comme
cette boule de M&M’s qui pend sur la lampe à côté de
l’ordinateur, pour ne parler que de celui-là.

Mais derrière cette apparence austère et laborieuse, ma fille,
la seule que j’ai réussi à avoir en quatre tentatives, ma fille,
donc, cache une folie furieuse : la couture. Inutile de vous
préciser qu’elle est une ardente égalitariste hommes-femmes et
qu’elle ne brode pas parce qu’elle ne sait rien faire d’autre. Pour
ses quarante ans, elle a tendu une sébile où les généreux
donateurs (moi, par exemple) étaient priés de laisser quelques écus
afin d’acheter la machine à coudre et à broder dont elle rêvait
depuis vingt ans. Est arrivée chez elle un machin monstrueux avec un
tableau de bord qui aurait découragé Andreas Lubitz lui-même. Un
truc qui fait le boulot de dix enfants bengalis ! Une pièce
entière de son castel grand-banlieusard y est consacrée. Aussi me
suis-je permis de demander à ma fille, l’aînée de ma progéniture,
aux longs cheveux bruns et aux beaux yeux bleus, de broder sur quatre
tabliers blancs la mention « Chez Eugène » en grandes
lettres bleues, d’un beau bleu aussi, mais plus foncé que le beau
bleu de ses yeux bleus. Je vous dirai pourquoi une autre fois.

Ce mardi en début d’après-midi, d’un bond d’un seul et sans
hésitation, la tâche brodée ayant été accomplie, je m’élance en
direction du boulevard Léopold II où se trouve le grand bureau que
juste à la fin de ma carrière et à cause que j’écrivais si beau
un encore plus grand j’ai eu. D’une foulée assurée, je hèle le 60
qui était déjà à l’arrêt. (Bon. Comment une foulée peut-elle
héler ? On en discutera plus tard et je n’ai plus qu’un bureau
de 10 m² chez moi.) Déjà à l’arrêt ! j’aurais dû me
méfier, mais je suis d’un naturel heureux et confiant.

Le voyage commençait.

« Tu prends le 3 ou le 4 à Vanderkindere et à la gare du
Midi le métro jusqu’à Ribaucourt, ça ira vite ! ».

Le 60 m’amène avenue Churchill où j’attends un 7 qui se met
juste derrière le 3 visé. Bon, on prendra le suivant… « Départ
dans 10 minutes. »

Le reportage que voici vous fera vivre l’expédition en direct.

Ça roule Raoul (14.12)(*)

Super : Albert ! (14.14)

Horta déjà (14.16)

Le parvis, dis ! (14.18)

Midi, chérie ! (14.20)

Vers la station Élisabeth
Dans une très vieille
charrette
Mais c’est à peine plus court
Pour atteindre
Ribaucourt (14.27)

Arts-Loi ma foi (14.31)

Madou au bout (14.32)

Ça c’est Bota (14.34)

Rogier. Assez ! (14.34)

Misère, Yser (14.36)

Me voici à Ribaucourt Ribau j’accours (14.38) où je
prends la sortie 1, pas la 6. Je rebrousse en surface le chemin
souterrain parcouru. Enfin, dix minutes plus tard, je suis introduit
le bureau de ma fille, dont je ne sais plus si je vous ai précisé
qu’elle était ma seule enfant, les autres étant des mâles, là je
parle de ma fille, et aussi grand que le mien en fin de carrière (là
je parle de son bureau). J’empoche les tabliers, je bavarde cinq
minutes, il ne faudrait pas que le contribuable paie ma fille à ne
rien faire qu’à parler à son vieux père et je proclame qu’au
retour, je prendrai plutôt le 51.

Le cinquante et un
Est un vieux machin
Qui hélas
sursaute
Cahote et tremblote (15.15)
C’est un tram à
voiles
Qui vaut trois étoiles (15.21)

Il est pris d’assaut
Par des rigolos
Et des grosses
dames
Lesquelles entament
Des conversations
Comme en leur
salon (15.27)

On entre sous terre
Un autre univers (15.31)

Les gens désormais
Parlent aussi mais
C’est au
téléphone
Très peu francophone (15.37)
C’est en
portugais
Que lui bavardait (15.40)
À Uccle soudain
En un
tournemain
On est à Paris
En cet endroit-ci (15.44)
Le tram
s’est vidé
Dans les beaux quartiers
Aux rues encombrées
Smart
ou BMW (15.48)

Chaussée d’Alsemberg (**)
Fonce mon Bébert
Presque à
Calevoet
Le bout de la route
Le soixante attend
Faut être
patient
Et dans dix minutes,
J’atteindrais mon but. (16.00)

Je ne m’ennuie jamais dans les transports publics.

À demain.

(*) Ma fille ne se prénomme pourtant pas Raoul. Je n’allais tout
de même pas écrire « ça roule ma poule » à ma fille,
non ? J’ai essayé de bien l’élever, ce n’est pas à présent
que je vais me lâcher.

(**) Il faut prononcer Alsembert. Vous dites bien Arenberg
Arenbert, non ?



L’aveu de Mélinée

Mai Posted on 25 May, 2015 19:39:14

Il y avait dans la salle de bain de
Mélinée un cadre, un seul, avec cette photo. John se dit qu’il
connaissait bien mal Mélinée, sa vie, ses pensées, ses voyages et
ses goûts – certains ce ceux-ci commençaient tout de même à lui
apparaître. Pourquoi par exemple cette fleur de lotus dans le cadre
de la salle de bain ?

Il posa la question à Mélinée.
« Parce que c’est joli, une fleur de lotus »,
répondit-elle. Oui, elle avait pris la photo. C’était au Vietnam.
Autour de la nouvelle année en 2006-2007. « Je ne suis jamais
allé au Vietnam », observa John. Mais pendant qu’il disait des
banalités de cet ordre, il réfléchissait in petto. L’explication
de Mélinée était trop laconique. D’habitude, quand elle trouvait
belle telle ou telle chose, elle spécifiait pourquoi. « Tu ne
me dis pas tout ce que tu penses », poursuivit John. Elle se
récria : « Heureusement ! ». Mais John ne
plaisantait pas ; il avait envie d’aller au fond des choses.
« Il y a trop de non-dit entre nous », reprit-il sur un
ton égal, comme une évidence qui cependant troubla Mélinée.

Soudain, à la vive surprise de son
compagnon, la jeune femme éclata en sanglots. « Oui, tu as
raison, hoqueta-t-elle. Il y a une chose énorme que je te cache et
je m’en veux. »

John était troublé et inquiet mais il
prit sa compagne dans les bras et essaya de la consoler. Mélinée,
déjà, ravalait ses larmes. « Il faut que je te le dise, tant
pis si ça casse tout », dit-elle en se dégageant. Ils
allèrent s’asseoir sur le canapé.

« Tout est parti d’un constat
d’échec, commença-t-elle. Où nous mène notre relation ? Nous
sommes bien ensemble mais nous ne nous découvrons pas, ni toi ni
moi, ne le nie pas, tu mentirais. Parce que pour s’engager il faut un
projet et je suis sûre que comme moi, tu devines qu’on n’en aura
pas. On ne vivra jamais ensemble. Ce bel amour est impossible. Vas-tu
quitter Londres, ta City, Chelsea, tes affaires ? Pas plus que
moi je ne vais tout abandonner pour te suivre… ». John hocha
piteusement la tête. « Je me le dis aussi. »

« Alors j’ai eu l’idée d’un
plan. Il n’a débouché sur rien, je te rassure tout de suite. Je ne
suis pas enceinte », expédia Mélinée. John comprit très
vite : « Tu veux dire que depuis le début, tu ne prends
aucune précaution contraceptive ? ». Non, ce n’était pas
cela, il se trompait. Pour être tout à fait franche, quand elle
avait été attirée par John, il y avait aussi derrière la tête
l’idée qu’il pourrait peut-être être le père dont elle voulait
pour les enfants qu’elle désirait, mais ce n’était que depuis un
mois environ et pas du tout pour ça, en fait. « Pardonne-moi,
John. Je me suis dit que si j’étais enceinte je romprais et que tu
n’en saurais jamais rien. Mais j’aurais gardé quelque chose de toi
alors que dans un mois, dans un an, il ne me restera sans doute rien.
Je dois te dégoûter ! », constata Mélinée. « Et
cette nuit ? », interrogea John. « J’ai repris la
pilule. Il n’y a aucun risque. »

Il se leva : « Je dois
réfléchir. J’apprécie ton courage et ta franchise mais je déteste
ce que tu as fait. Tu n’as pas pensé que si tu rompais, moi, je
pourrais insister ? Que je serais venu te relancer ? ».

Il regarda sa montre. Il était passé
dix-neuf heures. Son Eurostar partait à 20h40 ; il était temps
de partir à la gare du Nord. C’était à cet effet qu’il venait
d’ailleurs de s’apprêter dans la salle d’eau. Et voilà : une
question apparemment innocente, une fleur de lotus empoisonnée, cinq
minutes de discussion, pas même une dispute, et le monde avait
changé.

« Je dois y aller, sorry, et le
train sera bondé, je ne veux pas le rater, je ne suis pas sûr qu’il
y aura de la place dans les suivants. Je ne prends pas la fuite. Bien
sûr que je suis en plein doute… Je dois réfléchir, répéta-t-il.
Mais je veux qu’on finisse cette discussion. Un peu plus tard, s’il
te plaît. » Il empoigna sa valise et lui dit au revoir sans
même lui déposer le traditionnel bisou sur le front. Et la dernière
image qu’il emporta d’elle, assise sur le canapé, comme vidée de
toute force utile, était ses jolies jambes que le short qu’elle
portait mettait en valeur.

(à suivre)

À demain.



Ils sont partout

Mai Posted on 24 May, 2015 17:58:14

L’avantage des voyages, c’est qu’ils apprennent beaucoup. Tenez, même un bête voyage Bruxelles-Luxembourg comme j’en fais souvent… Hier, je rate mon train, ayant eu l’idée folle de ne partir qu’à 9 heures d’Uccle pour prendre le train à Schuman. Le bus 60 ayant deux minutes d’avance, je le vois passer sous mon nez et je me dis qu’à cela ne tienne; je grimpe jusqu’au Dieweg et je prends le 92. Ah ouiche… Point de 92: travaux avenue Brugmann! Je prends le tram-bus (chimère typiquement bruxelloise) qui s’arrête à Héros en annonçant qu’il va à Ma Campagne (qui est près du centre-ville, paradoxe typiquement bruxellois) et qui finit par redémarrer jusqu’à Messidor. Puis à pied jusqu’à VDK et de là un 3 qui m’amène à 9h40 au Midi, soit sept minutes après le départ du tortillard que d’aucuns appellent l’express de Luxembourg, où j’arriverai cinq heures plus tard. Oui, c’est très loin et très exotique Luxembourg, aussi loin en train que Lyon ou Guingamp. Mais bon: ayant trois quarts d’heure à perdre, et un creux à combler, je me rends dans un petit supermarché sis dans la gare et là que vois-je? Je me pince mais non: je n’ai pas rêvé. Le Breizh Cola a investi la capitale de l’Europe… Le cola du phare ouest (je n’invente rien) dont il me faut toujours faire provision quand je rentre de Guingamp (où vivent des amis très chers) afin de contenter les plus jeunes de mes descendants! Je ne suis pas paranoïaque mais ils sont partout, les Bretons, vous dis-je: à Luxembourg il y a une amicale bretonne; à Paris voici deux ans quand EAG (En Avant Guingamp) est remonté en Ligue 1, il y avait face à l’hôtel un énorme drapeau guingampais déployé et même dans ma rue uccloise, un peu plus haut à gauche, un drapeau breton, l’authentique gwen a du, le noir et blanc, est arboré à la fenêtre du rez-de-chaussée d’un de mes plus proches voisins.
J’adore les Bretons. En France ce sont ceux qui votent le moins Le Pen, ce qui prouve qu’ils ne sont chauvins que dans le bon sens du terme. Whisky breton, cola breton, bière bretonne, sardines bretonnes, crêpes bretonnes, pluie bretonne, tout ce qu’on veut de breton, sauf ça.
Kenavo et à demain.



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