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2015

Une année en 365 tranches

Le défi: parler chaque jour de quelque chose sans tomber dans mon nombril, le lieu commun ou le journalisme (résultat non garanti). Quelque chose qui peut être presque rien ou un événement faisant la une.
Si vous voulez en savoir plus sur moi, je vous conseille de lire ceci.
Textes et illustrations, sauf avis contraire, sont © Jean Rebuffat, Bruxelles, 2014-2015

En avant, marche!

Avril Posted on 30 Apr, 2015 20:19:15

Quand les traîtrises de l’âge vous
font souffrir quand on bouge – et qu’on aime tant bouger – on se
réfugie dans les souvenirs du temps où les articulations ne
faisaient pas si mal et où on les détruisait consciencieusement en
courant, en tapant dans un ballon ou en faisant du rappel sur un
dériveur. Petite parenthèse. Mon médecin, un vieil ami, à qui je
m’ouvrais du fait que malgré tout le sport pratiqué, l’ascèse
(relative) observée et le fait que je n’ai jamais fumé, j’avais eu
quelques solides ennuis de santé, m’a répondu : « Mais
si tu n’avais pas fait tout cela, tu serais mort aujourd’hui ! ».
Quelques semaines après mon infarctus, il y a plus de dix ans déjà,
mon cardiologue m’autorisait… à reprendre le sport de compétition.
Donc j’ai recommencé à bouger et j’ai changé l’alternative. On a
le choix entre faire de l’exercice et détruire ses articulations ou
être casanier et mourir prématurément.

Donc au volant de ma voiture, tout à
l’heure, qu’entends-je ? La Réjouissance, de Haendel, extrait
de la musique pour les feux d’artifice royaux. Outre que j’adore ce
morceau, qui claque, résonne, frappe et entraîne, je me suis
rappelé qu’en 1980, j’avais eu l’idée idiote de participer à une
marche entre Avesnes-sur-Helpe et La Hulpe, cent et quatre kilomètres
que j’ai mis dix-huit heures à boucler (il y avait une halte obligée
près de l’abbaye d’Aulne, deux heures de sommeil). Or si j’étais un
jogueur acceptable, je n’avais jamais marché autant, ni surtout à
telle allure (huit kilomètres la première heure, partis d’Avesnes
peu après dix-huit heures trente et le verre de l’amitié à la
mairie). Pour tout dire… j’avais au pied des chaussures de jogging.
Le plus dur fut de repartir d’Aulne dans la nuit froide en ayant mal
partout. Les deux premières heures furent affreuses. J’étais avec
un copain que j’avais entraîné dans cette aventure et nous nous
encouragions parcimonieusement mais ce qui m’a fait marcher, c’est que je me passais en
boucle dans ma tête la Réjouissance…

Comme je suis un crâneur, dans la
dernière descente, vers l’église Saint-Nicolas, à La Hulpe, j’ai
piqué un sprint pour les deux cents derniers mètres. J’ai payé
toute cette folie pendant quatre à cinq jours : jamais eu tant
mal après une compétition sportive.

Aujourd’hui j’aimerais tant
recommencer. Mais disons à vélo ? En trois étapes, de préférence. Avec des haltes de plus de deux heures.

À demain.



Fleurs

Avril Posted on 29 Apr, 2015 18:14:34

J’aime recevoir des fleurs mais – pur
sexisme – j’en reçois rarement. J’aime en donner, aussi, mais
c’est une autre histoire. J’achète donc souvent très égoïstement
des fleurs car je n’aime pas qu’il n’y ait aucune fleur en ma
demeure. Plantes ou fleurs coupées, peu importe ; elles peuvent
venir du jardin, d’une promenade ou d’un fleuriste, mais il faut que
mon œil puisse se poser sur une fleur.

Pourquoi ?

Très bonne question que je me suis
posée à moi-même tout à l’heure. Je n’ai pas de réponse
convaincante. Certes pourrais-je me contenter d’un « parce que
c’est joli » mais il doit y avoir quelque chose de plus profond
là-dedans. Se renaturer avec un ersatz ? Exprimer mon côté
féminin ? Garder en mémoire la vanité des choses éphémères ?
Mettre en valeur l’un ou l’autre beau vase que je possède ?
Améliorer l’accueil de mes visiteurs ? Décorer le salon ?

Parfois je sèche une rose et je la
conserve jusqu’à ce qu’elle soit entièrement décolorée ou qu’elle
se casse. Parfois je me dis que c’est une manie inutile mais je n’y
renonce pas.

On fleurit les morts. De superbes
montages qui vont mourir sans eau sur la tombe comme si ce sacrifice était du même ordre que celui des
épouses du maharadjah défunt qui partent sur le même bûcher. Ou
quelques fleurs, un souvenir, une petite trace disant aux autres
familles des morts voisins du sien qu’il est toujours là,
c’est-à-dire dans nos cœurs.

Toutes ces fleurs ont une
signification. Leur langage m’est inconnu, sauf que je sais à quoi
est attaché le myosotis. Toutes les fleurs veulent un peu dire « ne
m’oublie pas ».

J’aime aussi leur odeur et même leur
goût (mangez des capucines, c’est délicieux) mais parfois, elles se
vengent et c’est l’allergie. Dans ces cas-là, en effet, pas question
de les oublier !

À demain.

John a fait envoyer un bouquet de roses
à Mélinée.

Mélinée est allée à Bruxelles et en
passant devant le monument commémoratif du génocide arménien, au
square Henri Michaux dont la stèle est le seul habitant, elle a vu
pourrir des monticules de gerbes et de couronnes. Cela l’a rendue
triste. Elle a pensé que le bouquet de John finirait à la poubelle,
lui aussi. Je crois qu’elle a décidé de sécher la plus belle des
roses. Certains jours, elle doute de la réalité de John. Elle le
lui a dit et c’est sans doute pourquoi il lui a fait expédier le
bouquet. Mais c’est un symbole de l’évanescence et Mélinée est
triste. Vendredi, John travaille et elle, lundi : les jours de
congé ne coïncident pas. Le week-end sera parisien : Mélinée
est de garde.

Sally n’a pas réussi à convaincre
Harry de se laisser inviter trois jours à Amsterdam. Elle est
triste. Il est bien gentil, mais franchement un peu décevant. Il ne
lui dit jamais qu’elle de de très belles mains qui doivent bien
caresser. Elle envoie un texto à John, sur l’ancien numéro de sa
grand-mère : « J’ai gagné beaucoup d’argent mais à quoi
sert-il si on n’a personne avec qui le dépenser ».

Elle n’a pas mis de point
d’interrogation.

(à suivre)



Voilà le hic

Avril Posted on 28 Apr, 2015 18:35:51

Des fleurs qui piquent
Voilà le
hic
Elle en aimait
Qui la charmaient
Quelques
chardons
C’était un don
Qu’elle appréciait
Il y
avait
Aussi la rose
La rose rose
Grosses épines
Et
dégouline
Mon pauvre sang
Sacré vieux Jean
Quel
maladroit
De ses dix doigts

J’aurais voulu
Qu’aussi lui plut
Les
fleurs caresses
Quand rien ne presse
Tiges de lin
Doux à la
main
Coquelicot
Tout pur tout beau
Ou des
tulipes,
Nom d’une pipe !

L’amour qui pique
Voilà le hic

Aïe attention
La tentation
Mais
à la fin
C’est pas malin
Car le malheur
C’est dans le cœur

Tout déchiré
Tout laminé

Les yeux qui piquent
Voilà le hic.



Mes vieilles bagnoles

Avril Posted on 27 Apr, 2015 18:37:48

Longtemps j’ai conduit de prestigieuses
automobiles qui auraient pu faire croire que j’étais un nanti. Mais
c’étaient des carrosses de Cendrillon : la semaine écoulée,
il fallait la ramener à son propriétaire, c’est-à-dire à la firme
automobile qui me la prêtait afin que j’en fasse l’essai et –
sous-entendu – que j’en vante les énormes mérites aux lecteurs
(voire aux lectrices) de mon journal. Qui n’était pas tout à fait
le mien, puisqu’il s’agissait du Soir illustré, devenu par la suite
Soirmag. Sous le pseudonyme de Thomas Villers, je publiais un essai
disons un peu décalé chaque semaine, avec en prime l’avis de Mme
Villers (très apprécié des lectrices ; il faut être un peu
macho pour être chroniqueur automobile), ce qui présentait deux
avantages : la pige, qui était bonne, et la bagnole, qui était
gratuite.

L’adage est bien connu : un
journaliste mène une existence de richard avec un salaire de
clochard. Grâce à Thomas Villers, j’avais des rentrées
supplémentaires appréciables ; évidemment, il fallait faire
cela en dehors des heures normales de boulot au Soir, et ça en
prenait, du temps. Bref j’avais une bonne raison pour faire cela :
je faisais cela pour de l’argent. Et pas du tout par amour de
l’automobile. Ce qui me valut quelques brouilles lorsque par exemple
je me permis d’écrire que la calandre de telle Volvo était aussi
laide qu’un vieux poêle Surdiac, mais c’est une autre histoire. Et
surtout, cela me vaccina contre l’envie de dépenser beaucoup
d’argent pour posséder une automobile. Le temps vint où il ne
m’était plus possible de continuer la rubrique ; devenir chef a
ses inconvénients. Il fallut me résoudre à acquérir un bolide
rouge dans lequel – c’était il y a dix-huit ans – je pourrais
véhiculer mes deux bébés. Mon choix ne s’était pas porté sur une
Ferrari ou même sur une Alfa, mais sur une vieille Peugeot 205 qui
avait déjà 17 ans et un bon 100.000 kilomètres au compteur (dont
la sincérité n’était pas garantie). Elle est morte assassinée sur
une route près de Dinant où un vieux chauffard miraud n’imaginait
pas qu’on puisse tourner à gauche et donc être arrêté sur la
bande qui tournait à gauche sur laquelle il avait décidé lui
d’aller tout droit (quand on est vieux, on fait ce qu’on veut).

On ne voit plus de 205, ou pratiquement
plus. En France, de temps en temps, on en croise encore une. Celle de
la photo était sagement garée sur un passage piéton fantôme dans
une bourgade de l’Hérault, en juin 2014 (quand on est vieux, on se
moque du quand dira-t-on). Lorsque je pense aux voitures dont je fus
le proprio, il faut bien reconnaître que cela fait cimetière des
éléphants : deux 205, deux 2 CV et trois R4.

J’en suis à ma deuxième Clio. Que
voulez-vous ? Avec l’âge, on s’embourgeoise (quand on est vieux, on tient à son petit confort). Même que la
dernière, je l’ai achetée neuve, dites donc ! Heureusement
j’ai plein de fils (dont les deux bébés de la 205) à qui je peux
la prêter pour qu’ils la transforment en vieille bagnole.

À demain.



Balzac

Avril Posted on 26 Apr, 2015 22:30:34

Je tombe sur cette photo prise à Tours
l’été passé. Jusqu’où la culture ne va-t-elle pas se nicher ?
J’aime bien cet « Honorez votre logis ». Il me semble
qu’un artisan capable de clin d’œil doit forcément mieux
travailler qu’un autre. Mais j’imagine aussi son instituteur le
morigénant parce qu’il n’est pas bon élève et qu’il n’arrivera à
rien dans la vie. Ce slogan, en quelque sorte, est alors une
revanche. Je verrais bien cette entreprise prospérer dans ma fameuse
ville dont les rues dont des héros. Pourtant je n’aime pas trop
Balzac. J’ai visité sa maison, à Paris, à présent musée, et j’ai
rigolé comme tout le monde devant la porte au second sous-sol qui
donne sur la rue en contrebas. Ou bien les huissiers, au XIXème
siècle, étaient particulièrement bêtes, ou bien ce stratagème
n’a pas pu réussir plus qu’une fois ou deux.

Quel héros de Balzac honorerais-je (je
n’allais pas la rater, celle-là) d’une rue dans ma ville ?
Madame de Mortsauf, naturellement.

Balzac n’aimait que les femmes plus
âgées que lui. Il avait besoin d’une mère, paraît-il.
Aujourd’hui, n’aurait-il pas un petit côté Bernard Madoff ?

À demain.

Le week-end se termine pour Mélinée
comme pour tout le monde. Pour fuir l’actualité du centenaire du
génocide arménien, elle est allée jusqu’à Rye pour retrouver
John. Ils ont logé dans un hôtel confortable dans une vieille
maison de la Mermaid Street. Pendant le voyage, elle a relu « Le
Lys dans la vallée ».

Mélinée parle bien l’anglais mais
avec un accent français qui l’agace, même si John le trouve
charmant. C’est beau, le sud de l’Angleterre, la campagne, les
petites villes ; d’ailleurs cela ressemble plus ou moins à la
Normandie. Mais Mélinée se demande comment la mère de John a pu
accepter de venir vivre dans ce pays. Elle questionne John sur ses
parents mais celui-ci se montre évasif. Elle a l’impression que John
cache quelque chose et cela lui donne mauvaise conscience, car elle,
elle ne prend plus aucune précaution contraceptive et lui, il n’en
sait rien.

(à suivre)



Combien de générations?

Avril Posted on 25 Apr, 2015 20:05:56

À partir de combien de générations
cesse-t-on d’être un immigré ?

Je me rends compte, avec les
contraintes que je me suis mises cette année, publier un billet
improvisé chaque jour, qu’il y a des problématiques qui reviennent
et qui surgissent malgré moi. En m’embarquant dans l’aventure,
j’avais imaginé qu’un feuilleton improvisé m’aiderait à combler
les trous d’inspiration des jours sans. Et quels sont mes
personnages ? John, parti anglais, est devenu presque tout de
suite à moitié français ; et Mélinée, choisie pour son
prénom (que j’aime mais que je préfère avec un e final), a
forcément des origines arméniennes. Essayez donc de créer quelque
chose qui ne vous ressemble pas !

Enfant, quand j’ai atterri dans une
école bruxelloise en venant du lycée français de La Haye, nous
n’étions pas très loin de la guerre, une douzaine d’années. Pour
je ne sais quelle occasion patriotique, les élèves devaient un à
un quitter la classe et s’en aller dans un préau tenir pendant
quelques minutes le drapeau belge. Une épreuve intérieure parce
qu’en fait, c’était pendant les heures de cours et personne ne
passait dans le préau ; à un moment donné, cinq ou dix
minutes, le suivant venait prendre la relève. Je me souviens que la
hampe du drapeau était lourde et que ce n’était pas si facile à
porter, mais je m’appliquais parce que j’étais vexé. Au moment où
c’était à mon tour d’être le porteur, un élève a demandé à
l’instituteur s’il était normal que le drapeau belge puisse être
porté par un élève aux origines françaises.

Et comment le savait-il ? Parce
que l’instituteur, probablement mu par des sentiments humanistes,
avait questionné les élèves sur les lieux de naissance de leur
père (pas de leur mère, c’étaient les années 50 et d’ailleurs à
ma vive surprise, l’école était uniquement réservée aux garçons).
Cette question était généreuse parce qu’un bon tiers de mes
camarades de classe étaient des enfants d’immigrés, pour la plupart
d’origine juive, aux parents rescapés de la Shoah. Or étrangement,
personne dans la classe ne s’était élevé contre le fait qu’un juif
fraîchement immigré puisse avoir l’honneur de porter le drapeau
belge… Il n’y avait que moi qui posait problème. Il est vrai que
je venais d’arriver et que les autres étaient là depuis plus
longtemps.

Je pense à cela aujourd’hui à cause
de la commémoration du génocide arménien, ce qui me ramène à
Mélinée et à la question liminaire. Est-il normal de parler comme
on l’entend d’immigrés de la troisième génération ?

À l’époque en Belgique l’immigration
qui posait problème était italienne. L’Italien était perçu comme
fainéant et truqueur (ne songeant qu’à la moutouelle), incapable de
s’intégrer, de parler correctement et ne songeant qu’à faire venir
ses proches pour bénéficier du système. Je crois avoir lu quelque
part qu’un Wallon sur quatre aujourd’hui a des racines italiennes. Et
voyez comme on est : j’ai failli écrire que moi qui ne suis pas
wallon, j’ai cependant des racines italiennes (un de mes
arrière-grands-parents paternels s’appelait Spalla). Or ma mère
était wallonne… Comme tout cela est compliqué ! Je me suis
toujours interrogé là dessus. L’aîné de mes fils, un jour, m’a
dit qu’il voyait là une incontestable preuve de ma belgitude… Je
n’en sais rien. Lui-même parle wallon mais quand la France se fait
éliminer du Mondial, lui qui n’aime pas le foot sauf un peu tous les
quatre ans, il a le cœur qui lui pince un peu. Que voulez-vous,
c’est un immigré de la troisième génération…

À demain.



Lorsque sonnera l’heure de ma mort

Avril Posted on 24 Apr, 2015 18:46:07

« Encore une minute, Monsieur le
bourreau ! »

Je n’aimerais pas mourir inopinément.
Connaissez-vous (je reviens sur Jules Verne) la mort du capitaine
Nemo, dans « L’Île mystérieuse » ? Tiens, Nemo,
comme Mr Nobody, Jaco Van Dormael, son prochain film met en scène
Dieu, sa femme et leur fille, laquelle, ayant marre de la préférence
que ce vieux Bruxellois ronchon manifeste pour son fils, balance (sur
un blog?) la date de la mort des gens. Je veux mourir comme Nemo.

Je n’aimerais pas mourir à date fixe
non plus. Être exécuté ne me dit rien du tout. Même que pour
cela, l’euthanasie me tracasse un peu. Je suis pour, bien sûr, ne me
faites pas dire ce que je ne veux pas dire, mais si malade et
moribond, à l’heure fixée, j’ai envie de la minute de rabiot ?

Je pense à la mort parce que c’était
l’enterrement d’une vieille connaissance, aujourd’hui, parce que je
pense à ce citoyen français en attente de son exécution par
fusillade (comment peut-il y avoir des bourreaux ? Mystère…),
aux migrants en Méditerranée, au génocide arménien et celui-ci me
ramène à Mélinée, elle-même d’origine arménienne. Son père,
qui fut bâtonnier, est allé jusqu’à Erevan aujourd’hui. Elle-même
se sent profondément française et si elle souffre du souvenir de ce
massacre d’il y a toujours un siècle, ce n’est pas uniquement comme
victime, serait-ce par procuration ancestrale ; l’exode, elle en
est loin. Si elle souffre, c’est aussi parce que de façon générale,
elle ne comprendra jamais les bourreaux, les exterminateurs et les
assassins. Peut-être son combat à elle, en tant que médecin,
est-il de lutter de cette façon contre la mort à cause de cette douleur séculaire.

Finalement, moi, la mort, je sais
qu’elle gagnera. Mais le destin de la chèvre de M. Seguin me semble
digne.

À demain et (à suivre)…



Shakespeare m’inspire

Avril Posted on 23 Apr, 2015 17:32:47

Alphonse Allais prétendait que
Shakespeare n’avait jamais existé et que toutes ses pièces avaient
été écrites par un inconnu, qui d’ailleurs s’appelait Shakespeare.

Pourquoi vous parlé-je de William
Shakespeare aujourd’hui ? Parce que c’est son double
anniversaire. Il naquit à Stratford-upon-Avon le 23 avril 1564 (on
n’en est pas tout à fait sûr) et y mourut le 26 avril 1616. C’est
l’un des auteurs les plus traduits au monde ; Agatha Christie et
Jules Verne font encore mieux, paraît-il. Détail piquant,
Shakespeare est mort à la date même où l’on enterrait Cervantès,
mais ce n’était pas le même jour, l’Espagne ayant déjà adopté le
calendrier grégorien. Dans tout ce petit étalage de culture, que
n’importe qui peut dénicher en moins de deux minutes sur l’internet,
c’est ce détail qui m’intéresse le plus. J’adore ces coïncidences,
ces rencontres fortuites, et pour le feuilletoniste que je suis
devenu à cause de vous, c’est une précieuse justification. Le
hasard fait bien les choses et en même temps, les complique d’un
décalage inattendu.

Prenons cette incroyable histoire du
texto reçut par Sally : elle est parfaitement vraie. J’ai juste
imaginé qu’elle s’appelait Sally, et il me plaît de pouvoir appeler
Shakespeare et Cervantès à la rescousse. D’ailleurs relisez Roméo
et Juliette : si ce n’est pas du feuilleton, tout ça, qu’est-ce
donc ? Les deux familles ennemies, l’amour plus fort que tout,
ah non, erreur, pas plus que la mort, ces quiproquos constants sur la
mort présumée de l’un puis de l’autre des amants qui entraîne leur
véritable mort…

J’aurais dû appeler John Montague.
Mais vous ne connaissez pas encore son véritable nom, même si les
plus futés d’entre vous s’en doutent.

Parlons un peu de Sally, tiens. Elle a
signé hier la proposition que la Falcon lui faisait : 20.000 £
pour l’idée, le nom de domaine et tous les droits afférents ;
cinq pour cent des bénéfices éventuels ; vingt-cinq pour cent
de la plus-value en cas de revente. Et un droit de regard et de
suggestion sur les éléments graphiques du futur site, une sorte de
Facebook des morts, rappelons-le, avec un logiciel aléatoire qui
répondra aux messages postés sur les murs (un peu comme le SMS reçu
par Sally).

Sally touchera le chèque mardi 28
avril. Elle n’a jamais imaginé posséder autant d’argent. Mr Fawkes,
qui l’a encore complimentée sur ses belles mains, lui a conseillé
d’en placer la presque totalité mais de flamber le reste, mille
livres par exemple, en s’achetant quelques beaux vêtements et en
s’offrant, à elle et à son amoureux, un week-end de rêve, à
Amsterdam, par exemple.

À cette évocation, vaguement honteuse
de Harry, Sally a dit à Mr Fawkes qu’elle n’avait pas d’amoureux. En
riant, il a alors proclamé qu’il l’accompagnerait bien. Mais non, il
plaisantait. Encore que si, elle était plutôt jolie, Sally – et
puis, elle avait de très belles mains : il disait cela pour
qu’elle sache que Mr Fawkes ne la trouvait ni moche ni bête.

Sally tout de même savait pertinemment
qu’ils n’étaient pas du même monde et que 20.000 £ n’y
changeraient rien. Tiens, 20.000 livres, pourquoi ai-je choisi ce
chiffre ? Je me rends compte que c’est le montant du pari de
Phileas Fogg. Encore un de ces mystérieux hasards… Allais Honfleur
et je cite le potard en démarrant le billet… Je me demande si
quelqu’un ne me manipule pas.

(à suivre) et à demain !



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