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2015

Une année en 365 tranches

Le défi: parler chaque jour de quelque chose sans tomber dans mon nombril, le lieu commun ou le journalisme (résultat non garanti). Quelque chose qui peut être presque rien ou un événement faisant la une.
Si vous voulez en savoir plus sur moi, je vous conseille de lire ceci.
Textes et illustrations, sauf avis contraire, sont © Jean Rebuffat, Bruxelles, 2014-2015

Paris est une fête, disait-il

Décembre Posted on 26 Dec, 2015 23:50:25

Je ne veux pas finir l’année sans revenir encore sur Paris, ville meurtrie en 2015, mais aussi ville mythique et entretenant d’ailleurs fort bien elle-même le mythe. Depuis le 13 novembre, le livre posthume d’Ernest Hemingway, “Paris est une fête”, est redevenu un succès de librairie. J’ai fait comme tout le monde: j’ai racheté cet ensemble un peu disparate et un peu répétitif de scènes parisiennes, traversé de transcendances tranchantes, de portraits au picrate et de fausse candeur d’un jeune romancier bien dégagée sur les oreilles par le vieillard dépressif qu’il était devenu. (Le vieillard! Il faut que je surveille mon vocabulaire. Hemingway s’est suicidé à la veille de ses 62 ans et j’en ai 68…)
J’ai donc fait comme tout le monde et n’importe qui (à ceci près que je suis comme tout le monde, là aussi: personne n’est n’importe qui): je suis entré dans cette fête (achevée d’être réimprimée le 10 décembre) et c’est mon livre de chevet (sauf après le réveillon, naturellement). Paris, entre 1921 et 1926, cela semble si loin, mais c’était plus proche du Paris des années 60, que j’ai bien connu, que celui-ci l’est du Paris d’aujourd’hui… J’ai pensé à la reconstitution qu’en a faite Woody Allen, dans son “Midnight in Paris” que j’adore et dont il a dû écrire le scénario après, lui aussi, une relecture rêveuse du livre. Ah, les reconstitutions! C’est tellement joli, une ville d’avant… Mais si je vous disais que j’ai vu dans le Marais des chefs d’œuvre d’architecture, aujourd’hui hors de prix, qui abritaient des garages flanqués de pompes à essence? Que Paris était gris et sale? (Pas partout, naturellement.) Qu’il y avait encore des bidonvilles dans ce no man’s land qui allait devenir le périph? Et des halles aux halles et des bœufs à La Villette?
Et pourtant c’est vrai: Paris était déjà une fête. Ah, comme j’aimais y aller, jeune journaliste, et profiter de la vitesse du TEE qui mettait à deux heures trente la ville que je préfère à celle où j’ai vécu plus des trois quarts de ma vie! Et aussi durant ce temps le service au wagon-restaurant, où l’on mangeait un vrai repas servi dans de la porcelaine et du cristal… Aujourd’hui, le Thalys fait deux fois mieux mais question nourriture, trois fois moins bien. Non, je ne me plains pas, je ne me vautre pas dans la nostalgie – mais les gens de ma génération sentaient bien, jeunes adultes, qu’ils vivaient à la charnière de deux mondes. Hemingway pense que les générations qui ont fait la guerre sont des générations perdues (puis il généralise). Nous avions nous le sentiment d’un monde finissant que nous voulions achever – tout en profitant des charmes de l’ancien. Paris est une fête, d’accord, le monde lui-même est une fête, mais pour en profiter, l’éternel combat entre le plaisir et le devoir, l’égoïsme et l’altruisme doit admettre des trêves.
A demain.



Champagne pour tout le monde

Décembre Posted on 26 Dec, 2015 00:00:50

C’est aujourd’hui Noël, c’est-à-dire un jour de fête où le champagne coule à flots continus. J’en ai retrouvé quelques bouteilles dans ma cave et je ne manque pas de vous en offrir une flûte.
Pourquoi le champagne est-ils synonyme de fête? Champagne, originellement, c’est campagne, une campagne sans trop d’intérêt, jusqu’à ce que l’idée soit venue, à des viticulteurs qui produisaient, à la limite septentrionale de la vigne, de rendre effervescent leur pinard sans trop d’intérêt. Et à part le champagne millésimé, ce vin est une hérésie: il doit, année après année, rester semblable à celui de la cuvée précédente. Un champagne est aussi invariant dans son goût que le coca, sauf que 1. c’est bon et 2. il y a certes quelques marques de limonade, mais des centaines de viticulteurs dont les domaines, soit dit en passant, gagnent toujours du terrain.
A votre santé et à demain, en espérant que vous ne devrez pas faire appel à quelque chose d’effervescent aussi, remède souverain contre la gueule de bois que détestait pourtant Groucho Marx (le remède!). A quelqu’un qui lui proposait un Alka Seltzer pour enrayer sa xylocéphalie, il rétorqua: “Vous n’y pensez pas? Tout ce vacarme…”.