Cela relève probablement de l’indiscrétion, mais, je le reconnais, j’adore photographier les gens qui photographient. Je me souviens d’un groupe de touristes japonais, nous devions être en 1971, tous équipés d’excellents appareils (pour l’époque) et tous, bien une trentaine, prenant exactement la même photo en même temps; c’était à Rome, dans les jardins de la villa Médicis, à Rome.
Le photographe a par nature quelque chose d’autiste. Il est dans son monde, fermé sur lui-même, tendu vers son but: ne pas rater son cliché. Il ne fait attention qu’à ce qu’il a au bout de l’objectif; en l’occurrence, la jeune femme essaie de capter l’instant que vit son enfant, une petite fille de cinq ou six ans, pataugeant dans l’eau de la Méditerranée au Cap d’Agde. La gamine, avec un faux naturel très étudié, avait repéré le manège de sa maman et posait. Je me suis demandé quel sentiment d’orgueil elle pouvait éprouver à voir ainsi sa maman se prosterner devant elle. Dans quelques années, probablement, elle ne supportera plus cette mise en scène et intimera l’ordre à sa mère de ne plus en faire autant. C’est la loi du genre: les attentions des parents ressortent de l’encombrant. La maman se consolera en regardant la photo de ce beau mois d’août où l’enfant était encore un modèle docile et patient.
A demain.