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2015

Une année en 365 tranches

Le défi: parler chaque jour de quelque chose sans tomber dans mon nombril, le lieu commun ou le journalisme (résultat non garanti). Quelque chose qui peut être presque rien ou un événement faisant la une.
Si vous voulez en savoir plus sur moi, je vous conseille de lire ceci.
Textes et illustrations, sauf avis contraire, sont © Jean Rebuffat, Bruxelles, 2014-2015

2016

Décembre Posted on 31 Dec, 2015 19:18:56

Comme tous les êtres humains, les bons et les autres, j’ai plein de vœux à formuler pour 2016. Paix, santé, prospérité. Liberté, égalité, fraternité. Amour, bonheur, joie. Manger, boire et quoi encore? Tolérance, respect, solidarité. Rire, sourire, rêver. Lire, écouter, voir. Voyager, revenir, rester. Lire, écrite, écouter.
Je te souhaite un heureux 2016, lecteur inconnu, lectrice du bout du monde ou du coin de la rue. Comme le poète, je dis tu à tous ceux que j’aime.
Merci du fond de mon vieux cœur qui palpite encore d’être venu te perdre par ici. Je t’offre ces branches de mimosa. Et je te dis non plus à demain, mais à plus tard. Reviens me voir.

FIN



Une forme obsolète du journalisme

Décembre Posted on 30 Dec, 2015 22:04:52

Dans mes bibliothèques, j’aime ranger des photos et des objets parmi les rayonnages. Devant des livres sur la justice et le journalisme, outre une photo de mes grands-tantes paternelles le jour où la famille fêtait les 90 ans de l’aînée, on trouve un fil de fer figurant la balance de Thémis que mes deux plus jeunes fils m’ont offert au retour d’un de leurs voyages scolaires. Ils trouvaient cela joli et je l’ai posé là en souvenir d’une des époques de ma vie professionnelle que j’ai préférée: celle où j’étais chroniqueur judiciaire, de 1975 à 1987.
Le métier évolua vite. Au début, un employé de la rédaction venait quérir les feuillets manuscrits qui s’empilaient en galées de plomb dans les formes qui servaient à fondre une plaque qui – j’abrège – finissait pliée circulairement deux par deux dans les rotatives. Il y avait plusieurs éditions et au marbre, on ajoutait en dessous de la signature (la mienne, par exemple) une ligne en italique: (L’audience continue). Les procès d’assises garnissaient parfois une page entière (et les pages, alors, étaient gigantesques): ils avaient la cote. Ensuite, il fallut synthétiser, faire plus court, choisir un angle: un seul papier par jour. J’adorais. Non, il n’y avait pas que du morbide, du sinistre ou de l’horrible: il y avait aussi des faits de société, le procès de l’avortement à Aix, les procès de l’avortement, de la méthadone prescrite, des radios libres…
Aujourd’hui, les chroniqueurs judiciaires sont une espèce aussi menacée que les ours polaires. L’époque le veut: on préfère la police à la justice. C’est l’enquête qui intéresse. Pourtant, le contrôle des pouvoirs est le rôle de la presse, et de plus en plus dans la mesure où désormais, tout va très vite, l’info est à nouveau continue grâce ou à cause de l’internet (ah, j’ai refait du poignet en fin de carrière!). Mais s’arrêter, réfléchir et surtout faire réfléchir, quel luxe impayable malgré les salaires toujours plus bas et les horaires toujours plus larges!
C’est donc avec émotion et nostalgie que j’ai vu récemment le film de Christian Vincent, “L’hermine”, où Fabrice Luchini campe sans cabotiner un président de cour d’assises. Un quart de ma vie professionnelle a resurgi: plus de 150 procès d’assises, en France et en Belgique, et des milliers d’autres, des procès civils, des audiences correctionnelles, de grandes affaires et des petites. Car il n’y avait pas que les beaux crimes: il y avait aussi le cocasse, l’invraisemblable, l’inattendu. Bref, de belles histoires à raconter…
A demain (pour la dernière fois: l’audience ne continue plus très longtemps).



Le journal extime

Décembre Posted on 29 Dec, 2015 23:43:48

… arrive avec l’an neuf, qui en l’espèce est l’année seize.
Sur ce site et dans d’autres endroits, mais tous les éléments vous seront bientôt révélés, je compte persévérer dans ces billets qu’au fil de l’année, vous êtes toujours plus nombreux à lire, mais d’une manière un peu différente.
Différente dans le rythme, d’abord: le défi 2015 était d’un billet par jour. L’observateur attentif notera qu’il n’y en a apparemment que 29 en septembre, mais parmi ces vingt-neuf figure un double. Demain je vous parlerai de la chronique judiciaire et après-demain, je vous présenterai mes vœux. Sauf accident, bien entendu, car en cette année barbare, noire et rougeoyante, tant au niveau public que dans ma vie personnelle, on ne peut jurer de rien.
Différente dans la forme, aussi. Mais ne me demandez pas de préciser. Il a fallu cinq bonnes semaines en 2015 pour que ce billet prenne son allure de croisière, avec une photo en tête et un texte ensuite, en prose le plus souvent ou en vers parfois. Disons que je vais démarrer comme ça et voir si ça convient ou s’il faut adapter.
J’appellerai ça le journal extime parce qu’à l’inverse d’un journal intime, il sera tourné vers les autres. Je ne suis pas le nombril de l’univers. Ce que j’écris n’a intérêt que si l’on s’y reconnaît. Comme tout le monde, j’ai des états d’âme et ils ne regardent que moi, non par fausse modestie, mais parce qu’ils n’ont rien d’intéressant en eux-mêmes. L’écriture est certes un véhicule qui permet à celui qui l’emprunte de s’échapper de certaines contraintes. Le voyage peut mériter des passagers mais du moteur, on s’en contrefiche.
C’est l’un de mes projets pour 2016. J’aimerais aussi réunir mes poèmes en un recueil mais pas rien que sous une forme classique. Enfin, dans mes projets publics, il y a évidemment la poursuite de mes activités journalistiques, à “Entre les lignes”, le développement de “Laïque” si l’écho de l’initiative se confirme, et…
Et au fond je n’en sais rien. L’avenir est ouvert. Je veux juste, en 2016, ne pas devoir répondre au défi quotidien de l’écriture, mais celui-ci m’a appris que sans discipline et sans régularité, le Tour de France se transforme en excursion de cyclo-touristes vétérans.
A demain!



Ce que je n’ai pas dit

Décembre Posted on 28 Dec, 2015 22:41:43

L’esprit scientifique croit que le temps est linéaire. C’est faux. Même scientifiquement, c’est faux, mais c’est une autre histoire. Le temps n’est pas vraiment élastique non plus (encore que comme un élastique, quand on lui tire trop dessus, il vous claque dans la main). Ce qui est certain, c’est qu’il y a des jours qui passent trop vite, des heures trop longues, des secondes d’inattention et des minutes de silence.
Imaginez que vous soyez dans un pays inconnu. Vous avez quelques semaines pour l’explorer. Comment allez-vous procéder? Je mets ma main à couper qu’il y aura des jours de paresse où les attraits de la piscine ou du lit vous apparaîtront irrésistibles. Et puis le temps accélère, c’est l’asymptote finale, il reste tant à faire! Et on presse le pas.
Eh bien 2015 c’est la même chose. C’est presque fini. Il y a encore des choses que je voulais vous dire et que je n’ai pas dites, remettant à demain, mais demain, comme dirait Giancarlo Rè, ce sera hier après-demain.
Ce que je n’ai pas dit? Certaines choses, certains événements, certaines pensées, certaines douleurs, certaines joies. Je ne me suis pas masqué mais la webcam n’a pas été branchée jour et nuit. Mais il reste des choses que j’aurais pu ou voulu dire et qui resteront à jamais dans les limbes de l’inexprimé, de l’inconnu et j’allais dire de l’inimaginable, mais non justement: je les imagine très bien. Nulle sincérité n’est jamais complète, nul discours n’est jamais exhaustif. Je suis ce que je fus et ce que je serai. Mes pensées et mes désirs, mes actes et mes paroles, tout cela est à accorder et ce n’est pas toujours facile, et moi, vu de l’extérieur, comme on peut se tromper! Ou comme on peut avoir raison… Les démentis les plus virulents sont-ils les plus authentiques?
Je n’en sais rien, finalement. Ce matin en regardant la lumière apparaître, je pensais à Charles Cros. Ne craignez rien, je ne maudis / Personne car un paradis / Matinal, s’ouvre et me fait taire.
A demain.



Hommage à René Carcan

Décembre Posted on 27 Dec, 2015 23:32:09

René Carcan était mon ami. Ce graveur, mais aussi dessinateur, peintre et sculpteur, était une star parmi les artistes de la seconde moitié du XXème siècle. Il est mort en 1993, à l’âge de 68 ans (celui que j’ai à présent – comment éviter de déjà se sentir un survivant?), d’un cancer de l’estomac qui ne l’empêcha pas de travailler jusqu’à la fin. La dernière fois que je l’ai vu, quelques jours avant son ultime hospitalisation, il m’a dit: “Tu as remarqué? Sur ces gravures que je viens de faire, il n’y a plus les fameuses petites stries Carcan… Et sais-tu pourquoi? Je n’ai plus la force de les faire”. Ainsi ces dernières gravures, qui furent exposées quelques semaines plus tard à Waterloo, étaient-elles d’une douceur extrême.
Sa maison d’Etterbeek a été transformée en musée. Or il y vivait et recevait amplement et seul son atelier garde l’esprit des lieux. J’avoue que lorsque j’ai visité la fondation et que j’ai vu ses lunettes posées sur une tablette en céramique à l’endroit précis où il les laissait toujours, l’émotion m’a envahi et des larmes silencieuses ont coulé, car René Carcan, c’était avant tout un homme bien, soucieux des autres et de son art. Il estimait que la gravure était méconnue et qu’il ne s’agissait pas d’un art mineur.
“Je suis serein face à la mort”, m’avait-il dit alors que gravement malade, il plaçait le plus clair de ses forces restantes à faire aboutir ses projets de fondation. “Je suis serein mais…”.
Qui me rendra les soirées où il tenait en quelque sorte salon, pestant ensuite contre les pique-assiettes, ou ces déjeuners du jeudi où seuls les intimes étaient admis? La salle à manger n’était pas grande et presque entièrement remplie d’une table gigantesque. A Paris, il possédait non loin de Beaubourg un petit appartement sous les toits. Je me souviens aussi d’un déjeuner tardif au Pied de cochon, un jour que nous avions fait le trajet ensemble dans ma voiture, car la sienne – une Porsche 924 que deux personnes seulement pouvaient conduire: lui et moi – était trop petite pour amener je ne sais plus quel stock de gravures, sa jovialité inquiète, son insistance pour s’assurer que tout cela ne m’avait pas dérangé et ses innombrables mercis car je n’avais pas voulu qu’il règle la note: “Mais René, c’est moi qui t’ai proposé le restaurant et je t’ai dit que je t’invitais, alors n’insiste pas”. Il n’était pas habitué à la générosité spontanée des autres mais lui était généreux. C’est à peine si j’osais lui acheter une œuvre: j’en recevais aussitôt une ou deux autres. La gravure que vous voyez s’appelle “Le départ”. C’est ma tante Danielle qui me l’a offerte en 1983. J’ai hérité d’elle une statue en bronze que j’adore et dont je vous mets la photo. Elle est dans ma chambre. Mais ce n’est pas rien qu’à cause d’elle et de sa vue ou des gravures que je possède que je pense encore très souvent à René Carcan. C’était mon ami. Je l’admirais et je l’aimais. Je n’allais pas passer 2015 sans vous en parler!…
A demain.



Paris est une fête, disait-il

Décembre Posted on 26 Dec, 2015 23:50:25

Je ne veux pas finir l’année sans revenir encore sur Paris, ville meurtrie en 2015, mais aussi ville mythique et entretenant d’ailleurs fort bien elle-même le mythe. Depuis le 13 novembre, le livre posthume d’Ernest Hemingway, “Paris est une fête”, est redevenu un succès de librairie. J’ai fait comme tout le monde: j’ai racheté cet ensemble un peu disparate et un peu répétitif de scènes parisiennes, traversé de transcendances tranchantes, de portraits au picrate et de fausse candeur d’un jeune romancier bien dégagée sur les oreilles par le vieillard dépressif qu’il était devenu. (Le vieillard! Il faut que je surveille mon vocabulaire. Hemingway s’est suicidé à la veille de ses 62 ans et j’en ai 68…)
J’ai donc fait comme tout le monde et n’importe qui (à ceci près que je suis comme tout le monde, là aussi: personne n’est n’importe qui): je suis entré dans cette fête (achevée d’être réimprimée le 10 décembre) et c’est mon livre de chevet (sauf après le réveillon, naturellement). Paris, entre 1921 et 1926, cela semble si loin, mais c’était plus proche du Paris des années 60, que j’ai bien connu, que celui-ci l’est du Paris d’aujourd’hui… J’ai pensé à la reconstitution qu’en a faite Woody Allen, dans son “Midnight in Paris” que j’adore et dont il a dû écrire le scénario après, lui aussi, une relecture rêveuse du livre. Ah, les reconstitutions! C’est tellement joli, une ville d’avant… Mais si je vous disais que j’ai vu dans le Marais des chefs d’œuvre d’architecture, aujourd’hui hors de prix, qui abritaient des garages flanqués de pompes à essence? Que Paris était gris et sale? (Pas partout, naturellement.) Qu’il y avait encore des bidonvilles dans ce no man’s land qui allait devenir le périph? Et des halles aux halles et des bœufs à La Villette?
Et pourtant c’est vrai: Paris était déjà une fête. Ah, comme j’aimais y aller, jeune journaliste, et profiter de la vitesse du TEE qui mettait à deux heures trente la ville que je préfère à celle où j’ai vécu plus des trois quarts de ma vie! Et aussi durant ce temps le service au wagon-restaurant, où l’on mangeait un vrai repas servi dans de la porcelaine et du cristal… Aujourd’hui, le Thalys fait deux fois mieux mais question nourriture, trois fois moins bien. Non, je ne me plains pas, je ne me vautre pas dans la nostalgie – mais les gens de ma génération sentaient bien, jeunes adultes, qu’ils vivaient à la charnière de deux mondes. Hemingway pense que les générations qui ont fait la guerre sont des générations perdues (puis il généralise). Nous avions nous le sentiment d’un monde finissant que nous voulions achever – tout en profitant des charmes de l’ancien. Paris est une fête, d’accord, le monde lui-même est une fête, mais pour en profiter, l’éternel combat entre le plaisir et le devoir, l’égoïsme et l’altruisme doit admettre des trêves.
A demain.



Champagne pour tout le monde

Décembre Posted on 26 Dec, 2015 00:00:50

C’est aujourd’hui Noël, c’est-à-dire un jour de fête où le champagne coule à flots continus. J’en ai retrouvé quelques bouteilles dans ma cave et je ne manque pas de vous en offrir une flûte.
Pourquoi le champagne est-ils synonyme de fête? Champagne, originellement, c’est campagne, une campagne sans trop d’intérêt, jusqu’à ce que l’idée soit venue, à des viticulteurs qui produisaient, à la limite septentrionale de la vigne, de rendre effervescent leur pinard sans trop d’intérêt. Et à part le champagne millésimé, ce vin est une hérésie: il doit, année après année, rester semblable à celui de la cuvée précédente. Un champagne est aussi invariant dans son goût que le coca, sauf que 1. c’est bon et 2. il y a certes quelques marques de limonade, mais des centaines de viticulteurs dont les domaines, soit dit en passant, gagnent toujours du terrain.
A votre santé et à demain, en espérant que vous ne devrez pas faire appel à quelque chose d’effervescent aussi, remède souverain contre la gueule de bois que détestait pourtant Groucho Marx (le remède!). A quelqu’un qui lui proposait un Alka Seltzer pour enrayer sa xylocéphalie, il rétorqua: “Vous n’y pensez pas? Tout ce vacarme…”.



Noël blanc

Décembre Posted on 24 Dec, 2015 18:30:23

Il y a un lustre et autour, tous les Noëls me semblaient blanc, répondant à une sorte d’idéal nordique, le vieux papa Noël ayant besoin de neige pour faire glisser son traineau. Pourtant, j’ai connu des Noëls chauds, comme à Saigon par exemple, où l’on part réveillonner en pantalon de toile et en chemise ouverte, ou comme ceux de ces dernières années, où une houppelande épaisse arrive à sécher sur la terrasse de la cuisine…
Mais voilà: les souvenirs glissent aussi vite qu’un champion olympique en descente. Cette photo a été prise le 24 décembre 2009 depuis le balcon de l’appartement forestois que j’occupais alors à Bruxelles. Mais ce ne fut qu’un amuse-gueule par rapport au 24 décembre 2010. Dans la nuit du 23 au 24, une tempête de neige paralysa tout Bruxelles. Même le métro ne roulait plus. J’étais place de Brouckère et je dus rentrer à pied avenue Jupiter. Mû par je ne sais quel pressentiment, j’avais emporté avec moi, dans un sac, une paire de grosses chaussures de marche qui remplacèrent avantageusement les petits mocassins noirs chaussés pour la réception où j’étais allé…
Amateurs de Noëls blancs, il y en aura sans doute encore, ce n’était pas il y a si longtemps!
Je vous souhaite un joyeux Noël et je vous dis, pour entamer cette dernière semaine de 2015, donc l’une des dernières fois, à demain!



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